Très convaincu, il dit : "je vais me coucher."
Et il ne se couche pas. Il est fatigué mais veille.
Le matin il se dit : "je vais me lever". Moins convaincu peut-être.
Il ne se lève pas, pas tout de suite, il est encore crevé, somnole, quelques minutes encore...
Il y a un strip de Calvin et Hobbes autour du même sujet, où Calvin remarque que son horloge biologique doit être réglée au fuseau horaire japonais.
C'est un peu la même pour moi. Et pour beaucoup de gens, sûrement.
Le réveil matinal me semble être comme un accouchement difficile. Passer du ventre maternel à l'air libre, c'est horrible. Passer du rêve à la réalité, du repos au réveil d'un corps mou, non disponible, rassis, encore absolument à plat, c'est horrible aussi.
Il y a un juste un appel total et irrésistible du sommeil. S'en arracher est une mission impossible que l'on accomplit chaque matin.
C'est une sorte de résurrection, super dure. On est une sorte de zombie faiblard censée se transformer en poisson frais. Un peu bizarre comme comparaison, mais tant pis.
Le soir, c'est l'inverse. Le sommeil est alors à l'opposé un lâcher-prise très difficile. Il faut s'arrêter, se mettre au lit, et ce "il faut" c'est notre corps lui-même qui le proclame, ce sont nos yeux éclatés. Nos baîllements. Mais s'arrêter et accepter la fin d'une journée n'est pas si simple. Même lorsque on glande, lorsque on ne fait rien (malgré les trente-six mille choses à faire...), même là c'est très très dur d'accepter d'arrêter tout à fait, de se dire : "c'est la fin". C'est une journée qui meurt en fait, et même la mort d'une journée est difficile à accepter. Alors on ne se couche pas, pas encore. Encore quelques minutes...
Le lendemain matin, le cercle vicieux continue, jusqu'au jour où l'on se permet une grasse matinée. Il s'agit alors d'un délice absolu... Mais je vais arrêter cette note ici.
Bonsoir.