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Pudeur quand tu nous tiens

Censure, imaginaire et frayeur. Audace : niet.

Ne pas écrire je t'aime, écrire "je t'aime beaucoup" : paradoxalement, ça atténue. Censure.

D'ailleurs, ne pas écrire "je t'aime" du tout : censure. 

Oui, voilà : penser "je t'aime", et écrire : "je t'embrasse très fort"

Pas faute de le penser. Mais frayeur.

Ne pas te prendre dans mes bras. Ne pas t'embrasser les lèvres. Ne pas caresser ton épaule, ton visage, tes cheveux : pas faute d'en avoir envie, mais frayeur.

Mais, rester auprès de toi. Te sentir proche…

Imaginaire : imaginaire sans censure ni frayeur.

Dans l'imaginaire je te serre contre moi et je t'embrasse et je caresse tes cheveux et je pose mes mains autour de ta taille en t'embrassant. Dans mon imaginaire je dis : "écoute, je sens que c'est le moment d'accomplir un geste fort", et dans un élan impétueux, je te prends tout contre moi.

Dans le réel, je me contente d'être mou et lointain.

Mon corps se tient à distance et mon imaginaire s'éprend de toi tout entier.

Nous sommes comme cette case d'Edmond Baudoin, dans Le Voyage, où deux corps marchent ensemble tandis que leurs esprits se frôlent et s'envolent.

Ça a toujours été comme ça. J'ai toujours été plus courageux et plus fort dans mon imaginaire.

Dans mon imaginaire je maîtrise trop. J'y suis super courageux et je n'hésite jamais à agir comme il faut agir. Et j'y ose. J'ose dire ce que je ressens. J'ose prendre des risques.

Dans le réel, ça ne marche pas pareil. Dommage.

Ma vie actuelle n'est qu'une succession de réalités pudiques et de songes héroïques, chauds et doux.

N'empêche. Je suis sur la bonne pente. (et je t' a… !)

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