
Je conçois la création comme un processus de recyclage.
Ce chaton sur mes cuisses. Je m'apprête à commencer une nouvelle note, Fip passe sing sing sing, et un chaton se repose sur moi. C'est un bel instant.
Mon jean troué. Mon jean troué, troué, troué et troué. Mon jean-gruyère. Non. Ce n'est pas gruyère. Les gens confondent. C'est emmental, c'est ça ? Mon jean-emmental. C'est comme gribouiller dans mon agenda avant de faire mes devoirs. Détruire mes vetêments, c'est machinal. Tout ce qui m'appartient donne l'impression d'avoir fait la guerre 14-18. Ça doit être parce que j'aime signer le temps qui passe. Tracer le temps. Je me rappelle, en primaire, ces chaussures ou les semelles intérieures étaient complètement parties. Ça me faisait des trous sous le pied, c'était très inconfortable. J'use mes vetêments jusqu'à ce qu'ils soient vraiment en lambeaux. Mon genou et les fils blancs qui le signent comme une auréole. Le bleu-jean qui l'habille autour. Mon genou nu comme une tête sans visage au milieu de ma jambe. Déchirer le tissu. Par plaisir. Machinalement. Comme ça nous vient. Et si je passais quelques épingles à nourrice là-dedans, au lieu de faire recoudre?
C'est rigolo. J'étais parti pour faire une réflexion sur la création, et finalement, je me suis mis à écrire sur mon jean. Une idée qu'on essaie de construire avec des mots qui se suivent, comme un crayon et une gomme qui cherchent la bonne forme. J'aime écrire des images.
Ne pas me répéter. Ai-je encore des choses à dire sur tout ça? Une seule solution. Me poser un instant, regarder derrière moi. Le peuple de l'herbe remixant Winston mcAnuff, je crois, toujours sur fip. Pas mal. J'aime écrire en musique. Ça me pousse en avant, je crois.
Les trous de mon jean sont comme des champignons se répandant progressivement sur un arbre. Mon jean comme un arbre à champignons. Un premier trou, un deuxième en dessous, le premier que j'agrandis, sans vraiment faire exprès, machinalement, je déchire juste un tout petit peu plus, les fils blancs que j'arrache, les uns après les autres.
Je m'arrête. Je me gratte les sourcils, mes pellicules tombent comme neige. Hi hi hi. Ça vous dégoûte, non? Oui, j'ai des pellicules cachées sous mes sourcils noirs.
Mon jean comme une oeuvre d'art. "C'estmoiquilaifait!". Comme une esquisse et puis on détaille, petit à petit. Sauf que plus l'oeuvre se remplit, se noircit, puis se colore, mon jean, lui, s'évide, chaque fois plus léger.
Mon jean aéré. Mon jean de la guerre.
C'est bizarre, une note sur un jean. Mais je crois que mon blog est bizarre. Je suis parti dessus comme ça.
J'adore ça. Me mettre, un peu au hasard, à écrire sur un truc, et développer. Je pense que c'est là le plaisir que j'ai à écrire sur mon jean : c'est une mise en abyme. Je commence à écrire et développe mon idée comme j'ai pu faire un trou dans mon jean sans faire exprès, avant de persister à le torturer.
Ce qui fait que j'écris sur mon jean, c'est cette idée de lente progression que j'adore traiter. Mes trous comme une ville qui s'agrandit. Mon jean comme une forêt qui s'évide. Mes trous comme la population mondiale qui se multiplie. Mes trous comme les guerres dans les pays pauvres. Il y a des facteurs qui amènent à. Mes trous comme des chauds lapins, qui se multiplient, se multiplient... Mon jean comme un arbre mort attaqué par les insectes.
Je traiterai de la création plus tard. J'aime multiplier les sujets dans une seule note. J'aime faire grandir et grandir une note comme des trous dans un jean. J'aurais aimé continué de parler de trous en parlant du recyclage dans la création. Hélàs, j'ai des obligations, je dois quitter l'ordi.