• C'est marrant, les études changent, mais il y a toujours quelque-chose de semblable.

    Ce que je veux dire avec cette phrase un peu vague, c'est que le boulot que j'avais à faire avant, c'était des devoirs maisons, des dissertations, des choses écrites quoi. Ou alors il fallait réviser pour les contrôles.

    A présent, le boulot que j'ai à fournir relève essentiellement du dessin. Mais c'est toujours la même chose : j'ai la flemme de bosser.

    J'ai terriblement peu envie de faire le boulot pour Carpentier alors que c'est pour après-demain et que ça va me prendre du temps.

    C'est intéressant, ma vie change. Ma colocataire est une bosseuse, qui aime vraiment travailler, qui se donne du mal, qui se cultive, s'enrichit. Axelle (mon autre coloc), c'est pareil. Moi, j'ai la flemme. J'ai commencé à bosser, mais j'ai beaucoup de mal à m'y mettre. Et je ne lis certainement pas Walter Benjamin à cause de telle conférence, je ne lis pas Cocteau, et je ne suis pas sûr de lire l'éloge de l'ombre de sitôt. 

    C'est marrant d'être en coloc, c'est un vrai changement dans ma vie.

    Moi qui est tellement dans ma bulle, je vis en colocation… C'est drôle.

    Et c'est pour ça que ce n'est pas si facile que ça pour moi. Je ne suis pas fait pour vivre en colocation, je suis un "embullé". Du coup, c'est un peu une épreuve, une difficulté… Mais c'est intéressant, ça m'enrichit.

    Et puis, c'est un concours de circonstances. Comme toujours dans la vie. Toute biographie est une longue liste de concours de circonstances.

    Il faut avoir de la chance.

    Cet appart, cette coloc, c'est un peu une épreuve mais c'est surtout une chance énorme.

    Je touche de plus en plus rarement à mon blog. C'est que je m'y retrouve à raconter ma vie alors que ce n'est pas ce que je veux faire.

    Je veux "disserter", réfléchir, écrire des textes poétiques… je ne sais pas. Et puis j'attends des choses qui m'importent vraiment, qui fassent sens, qui mûrissent dans ma tête.

    Mais je me retrouve à raconter ma vie, encore et encore.

    Hier, j'ai trouvé une photo (sur facebook) d'une amie, datant de la seconde, ou bien de la première. 

    C'est pas la seule qui me fasse cet effet. Toutes les photos de cette période me font un drôle d'effet.

    Ça date d'il y a trois, quatre, cinq ans seulement. C'est la "période lycéenne". Comment ça peut sembler aussi loin alors que c'est si récent ?…

    Le bac ne me semble pas si loin, mais si je repense à la première, la terminale… Si je repense à mes amies, la façon dont elle s'habillaient à l'époque… si je retrouve cette photo prise par Agathe, où elle nous a demandés à moi et Carla de nous prendre la main en regardant dans des directions complètement opposées… J'avais les cheveux longs, mon sweat rouge… 

    C'est si loin, tout ça est tellement loin… Et pourtant… Quatre ans ? Quatre petites années…

    C'est très impressionnant… 

    Même si je sais pourquoi ça semble si loin alors que c'est encore si près.

    C'est parce que c'est fini. C'est une période révolue de ma vie, alors que depuis il y a eu la CAAP, une toute petite année dans ma vie mais tellement importante pour moi, tellement enrichissante. Maintenant, les arts-décos, Strasbourg. Ça fait seulement un mois.

    Mais ce petit mois de rien du tout, et cette petite année de rien du tout qu'a été la CAAP, sont des expériences si riches que ce qui date d'avant me semble déjà loin.

    Et puis, il y a le fait d'avoir pris de la distance avec ces personnes dont nous étions si proches à l'époque. Notamment celle qui me procure cet effet lorsque je la vois en photo à l'époque du lycée. Ça me rend nostalgique. On faisait les fous. On s'appréciait, on se ressemblait un peu, on s'attachait en somme, et puis surtout on s'est fait passer pour des fous sur le gazon, on faisait n'importe quoi et tout le monde nous prenait pour des gros débiles, mais c'était drôle, c'était bien. On jouait bien. Il n'y avait que nous deux pour être capables de faire ce qu'on faisait.

    Aujourd'hui on ne se voit plus beaucoup. Aujourd'hui on a terminé le lycée. On trace nos chemins respectifs.

    On garde plus ou moins le contact, mais je trouve que c'est moins drôle. Surtout qu'on change. Celle qu'on retrouve aujourd'hui n'est pas forcément fidèle à celle qui se tapait l'affiche sur la pelouse.

    Comment vont évoluer mes relations sociales, ici ? Cela ne fait que trois semaines que je suis rentré. Est-ce qu'il y a des gens qui vont devenir mes amis ? A quel point ? 

    Bon.

     


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  • Au fond, il est peut-être vrai que je suis assez narcissique…

    Non seulement il est vrai que j'aime contempler mon image dans un miroir (quelles qu'en puissent être les raisons), mais je suis de toutes manières très préoccupé par moi-même.

    J'écris un journal intime où je me raconte jour après jour. Je suis mon seul lecteur. Ce matin j'ai passé ma matinée à parcourir ce que j'y écrivais il y a un an exactement : je me replongeais dans mon moi passé.

    Lorsque je relis des passages de mon blog, je fais la même chose.

    Lorsque je me dessine, c'est bien entendu pour l'exercice, cependant l'observation de soi est un trait du narcissisme…

    Lorsque je voudrai être un génie, que j'ai la folie des grandeurs, c'est à propos de moi : je veux que mon moi soit immense et remarquable…

    Lorsque je me crache dessus, que j'ai honte de ce que je suis, que j'aimerai me foutre des baffes, c'est toujours à propos de moi, j'en suis toujours à penser à moi…

    Donc : je pense à moi, j'écris sur moi, je dessine ce moi… Je photographie ce moi ! Puis je regarde ces dessins, je regarde ces photographies, je relis ces écrits, je relis ces pensées… Je baigne dans "moi". C'est d'un narcissisme presque outrancier… Cela fait longtemps que je me suis noyé dans le lac.

    J'ai dit que ce matin j'ai relu mon journal intime : j'ai passé la matinée à observer le moi d'il y a un an… C'est terriblement auto-centré.

    Et, quelque-part, je suis vraiment comme Narcisse qui se noie dans le bain de sa propre image : car mon image, mon moi, est comme une bulle qui m'abrite… Une bulle dans laquelle je contemple mon reflet déformé, et qui m'abrite du monde… Des autres.

    Je suis peut-être trop préoccupé par moi-même pour m'ouvrir aux autres. Je suis Robinson Crusoé et Narcisse.

    Mais qu'est-ce qui cause une si terrible préoccupation de moi-même ? N'est-ce pas justement l'enfermement, les murs m'abritant des autres ?

    L'année dernière, j'ai voulu inscrire sur l'une de mes peintures : "La solitude mène à l'amour de soi". C'est véritablement ce que je pense. Du moins, dans le cas de ma propre expérience. Est-ce mon manque de sociabilité qui me ramène à "moi", ou est-ce l'observation de moi qui m'empêche d'aller vers les autres ? Je crois qu'il s'agit de la première option.

    Bien sûr, ce n'est pas tout…

    Cette passion pour "moi" est sans doute liée à ma propre histoire. Je suis le petit dernier de ma famille, le seul garçon (entouré donc de filles).

    Un garçon certainement cajolé. Et puis, j'ai dessiné, j'ai écrit. J'ai montré que j'avais des passions, des centres d'intérêt, que j'étais créatif.

    Je me suis rendu intéressant, si l'on peut dire. Bien sûr, le travail n'est pas soi, mais il est tout de même trace de soi… Et j'aime laisser des traces. Personnaliser ce qui m'appartient (en l'abîmant, en y dessinant…), dessiner sur les murs… laisser des traces de ma personne. 

    Ma part créative est là, toujours, pour laisser des traces, de moi… Même lorsque je ne me dessine pas moi, lorsque je n'écris pas sur moi.

    Ma créativité est donc elle-même une part de mon narcissisme…

    Si je n'ai pas de copine, c'est peut-être bien parce qu'on ne peut pas aimer quelqu'un qui s'aime déjà tant lui-même.

    Bref. Ma famille a donc toujours été fière de moi. J'ai écrit un roman, tout ça… J'ai reçu des fleurs. Cela ne me fait pas du bien.

    Je n'ai même pas besoin d'apprendre la modestie, je dois juste apprendre à me détacher de "moi".

    J'ai lu un roman de Kundera, cet été, qui s'appelle "La vie est ailleurs". Le personnage principal a une part assez abominable, mais je crois que je lui ressemble par certains aspects. Cet type est fils unique, et sa mère s'est occupé de lui depuis toujours et pour toujours comme d'un Dieu sur Terre, comme s'il était Jésus-Christ, mais, surtout, comme s'il lui appartenait, comme s'il était dans sa propre chair…

    Je ne pense pas que ma mère ait été aussi "dévoratrice" de moi. Mais toujours est-il que ce personnage (Jaromil) en devient lui-même totalement centré sur lui-même, il ne pense qu'à lui-même, il admire son image, et écrit, il fait de la poésie où il parle de ce qu'il y a à l'intérieur de lui, sur un mode surréaliste; puis avec l'arrivée du communisme il fait de la poésie patriote, parlant de l'ouvrier, du paysan, des ciels bleus et des champs de blés. Sa poésie, dans un premier temps appréciée des intellectuels admirateurs des surréalistes et du modernisme, est ensuite, lorsqu'il écrit en faveur de la patrie, aimée du peuple.

    Bref, il est aimé. Sa poésie est aimée : on admire son talent. Jaromil est admiré. Il reçoit des fleurs. Il aime ça. Il ressent son importance. Son "moi" est sa couronne.

    Jaromil est Narcisse.

    Et je me demande si une part de Jaromil n'est pas en moi.

    Bien sûr, je ne suis pas seulement Narcisse. Ce n'est qu'une part de ma personnalité. Je peux être un type intéressant et appréciable au-delà de ça. Mais c'est quelque-chose qui fait partie de moi et qui m'enferme vers moi-même.

    Les bouddhistes pensent qu'en réalité, l'ego n'existe pas. Je pense que c'est une bonne chose. Ne pas croire en l'ego est une chose formidable.

    Pour l'instant j'ai du mal à m'y faire. J'ai mon ego et mon ego, nécessairement, veut être particulièrement différent des autres egos, particulièrement unique… Ce n'est pas quelque-chose de positif. C'est même embarrassant. L'ego, c'est ce qui permet la part narcissique de soi d'exister.

    Pour m'expliquer l'illusion de l'ego, ma mère m'a souvent parlé des bols remplis d'eau, qui portent à leur surface le reflet de la Lune. Chacun de ces bols pense être la Lune. Ils portent tous la lune en leur surface. Mais la lune n'est pas eux. Elle n'est qu'un reflet.

    "Moi". Bien sûr, que le moi n'existe pas… Qu'est-ce que c'est, moi ? C'est mon corps ? Ma chair ? Mon cerveau ? Mon visage ?

    Mon visage n'est-il qu'une illusion de moi ?

    C'est ce qu'il me semble quand je proclame que "ce n'est que chair". Comme puis-je n'être que de la viande ?

    Pourtant, ce moi est là. Il est là et tient trop d'importance en moi.

    Ce qui est drôle, c'est que ce n'est pas le sujet que je voulais aborder lorsque je me suis "attablé" pour écrire.

    En relisant ce matin mon journal intime, j'ai relu des pages et des pages où je ne cessais de penser à une certaine personne, qui m'obsédait en septembre, en Octobre… voire plus tard. Du coup j'ai repensé à elle toute la journée, et j'ai voulu écrire à propos d'elle, mais bien sûr cela ne m'était pas possible car je ne peux pas parler d'elle sans étaler ma vie privée (et la sienne).

    C'est tout de même drôle. Drôle qu'une relation pareille ait pu se tisser. J'étais certainement tombé amoureux. Sinon, je me serai détaché plus facilement.

    Ce qui est drôle, c'est qu'après que les choses se soit mises au clair entre nous, j'ai rencontré deux autres personnes de la même manière :grâce à mes traces. Celles que j'ai laissées sur internet.

    Le fait est que A. s'est accroché à mes traces (et moi aux siennes…).

    J'aime les traces des gens. 

    Je me suis mis à penser à des gens donc je ne connais presque que les traces. Qui incarnent une certaine forme de mystère, puisque je ne suis pas dans leur entourage, que je ne figure pas dans leur quotidien, et inversement. Mais, tout en ne faisant pas partie de nos quotidiens respectifs, on s'adresse l'un à l'autre comme si c'était le cas. S'adresser à une personne dont on suit les traces sans réellement l'approcher, c'est quelque-chose d'assez spécial. N'ayant que les traces de la personne, nous ne sommes en possession que de son mystère. On pense à elle et donc on se l'approprie. Elles finissent par appartenir à mon esprit, comme si elles faisaient partie de moi…

    Non, là je pars en couilles.

    Tchuss.


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  • Okay.

    Après au moins trois ou quatre tentatives à entrer cet identifiant et ce mot de passe en me connectant au réseau "neuf wifi" de l'immeuble, j'arrive enfin à avoir internet. Ce qui me permet, enfin, d'écouter fip sur cet ordinateur et d'écrire ces lignes sur blogg.org.

    Cela fait exactement un mois que je n'ai pas fait la moindre note sur ce blog.

    Je voudrais préciser, pour ma défense, que dans ce mois il s'est écoulé trois semaines sans que je n'ai internet en ma compagnie.

    Quoiqu'il en soit, ce soir, je vous écris.

    Et je vous écris de Strasbourg.

    Aujourd'hui fut un jour relativement ordinaire. Rien ne m'est arrivé d'imprévu, d'extraordinaire. Pas d'élément perturbateur majeur.

    Et pourtant, ce jour est à marquer d'une croix blanche. Car je suis chez moi, mais mais plus chez moi.

    Je suis dans une appart formidable, franchement grand, et je suis seul : Julien passe sa soirée je ne sais où, et Camille et Axelle n'arrivent que demain et après-demain. Je suis seul dans cet appart formidable qui est mien. Je fais le tour de l'appart, je vois les chambres de Julien et Axelle qui sont déjà bien occupées, bien marquées par leur présence. Ils se sont installés… 

    Moi, j'arrive. Je suis arrivé. J'ai bu une soupe chinoise pour dîner. C'est la seule nourriture qui soit à moi dans cet appartement, pour le moment… 

    Ce soir, je découvre. Mais, bientôt, je serai chez moi, vraiment chez moi. Avec Axelle, Julien et Camille.

    Cela fait au moins un an pour chacun d'entre eux qu'ils ne vivent plus chez leurs parents, qu'ils savent ce que c'est que la colocation.

    Moi, c'est mon premier pas. J'espère que tout se passera bien. Je pense que ça se passera bien…

    Mais, voilà. 

    Bien que ce jour me semble relativement ordinaire, il ouvre pourtant une nouvelle période de ma vie.

    C'est presque le "premier jour du reste de ma vie", mais version banale, sans rien de trop ouf. Pour l'instant, je n'ai pas vécu le véritable "premier jour du reste de ma vie".

    Ce soir, je ne suis ni chez mon père, ni chez ma mère, et pourtant je suis chez moi : je commence à devenir grand.

    Bien sûr, mon père m'aide financièrement, et je me sentirai encore longtemps chez moi lorsque je passerai chez chacun de mes parents, mais pourtant, je crois qu'aujourd'hui, à déjà dix-neuf ans, je commence à m'assumer en dehors de mes parents… Je commence, hein !

    Quand j'étais en CM2 et que j'allais entrer au collège, on m'avait dit que les "profs" n'allaient pas écrire leurs cours au tableau, qu'ils allaient dicter leur cours… J'ai flippé ma race.

    Mais, en troisième, j'étais habitué à prendre en dictée. Puis, on m'a dit : "Au lycée, tu vas devoir prendre en note. Le prof va juste parler, comme ça, tranquille, et toi tu devras gratter ce que tu peux dans ton cahier…" Là aussi, j'ai flippé ma race.

    Pourtant, ça s'est bien passé. Le choses se sont passées progressivement, graduellement. A leur rythme.

    Quand on est petit, TOUT est effrayant. Je veux dire, l'avenir… On a peur de ne pas réussir à franchir les étapes nécessaires pour prouver qu'on devient grand.

    Mais, là aussi, les choses se font progressivement.

    On peut être effrayé par l'idée de, vraiment, devenir grand. Par l'idée de devenir adulte. Et dieu sait que je ne suis pas encore adulte.

    Mais, c'est comme la dictée, c'est comme la prise de notes : ça s'acquiert doucement, progressivement, sans qu'on s'en rende tellement compte. Et, aujourd'hui, j'ai accompli un nouveau pas : aujourd'hui je me suis installé dans un appartement, qui n'a pas la résidence de mon père, qui n'est pas la résidence de ma mère… Et que je vais devoir partager avec trois autres personnes qui ont le même âge que moi. 

    Progressivement, tout doucement, je continue à grandir. Je deviens adulte, graduellement, centimètre après centimètre. Tout doucement, je commence à m'assumer en dehors de mes parents. C'est drôle… C'est la vie.

     

    Non, vraiment : aujourd'hui, ça bouge pour moi.

    Yeah boy ! L'aventure continue !


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  •  

    En ce moment, je prépare mes cartons pour Strasbourg. Je jette tout ce qui doit enfin être jeté, je mets dans les cartons ce dont je me vois mal me détacher.

    Et je me retrouve à parcourir mon premier journal intime, qui date de 2007. Ce n'est pas très vieux. C'est même récent. Extraordinairement récent, en fait. Car tout ça est déjà très loin, franchement loin. Je veux dire, non seulement ce que j'étais en train de vivre, mais même mes souvenirs d'alors…

    Je lis des lignes où je me remémore des choses qui sont enfouies très loin dans mes souvenirs. Je parle de petits "tableaux" précieux où je discute avec Roman de la différence entre "dire" et "énoncer", tandis que maman s'énerve sur l'ordi, et du petit tableau précieux où maman et moi somment tout gaga devant Bouh, la chatte de Gwen et Arthur, qui sont en train de lire des B.D. Et tout ça… C'était effectivement des instants précieux, d'autant plus qu'ils sont extraordinairement loin. 

    Paradoxalement, c'est infiniment plus éloigné que ce jour de l'année 1998 où la France marqua trois buts face au Brésil.

    Je me fiche bien du football, mais quand je fais l'animateur dans une colo et que je rencontre des enfants nés en 1998, et qui n'ont donc aucun souvenir de la coupe du monde, qui n'ont aucun souvenir du passage dans le troisième millénaire, et ben, franchement, ça me fait bizarre. Me dire qu'ils sont nés à ce moment-là, voire une année après, que ces événements ne les ont pas marqué, ça me fait drôle.

    Pourtant, nous n'avons que quelques années d'écart. Et, d'ailleurs, lorsque je vois que tels écrivains du XVIIIème sont nés, l'un en 1764, l'autre en 1776 (je balance au pif), je me dis : "ah, tiens, oui, ils étaient vraiment contemporains". En fait, je suis étonné qu'ils soient aussi proches. Et je me dis bien qu'ils ont partagé les même temps, la même époque.

    Et, j'ai beau me dire que ces enfants n'ont pas connu les mêmes événements que moi, il est vrai que moi-même, je suis né en 1990. Alors, bon, quand t'es né en 90, je ne crois pas que tu sois bien placé pour parler… Je veux dire, je n'étais même pas né lorsque le mur de Berlin s'est effondré ! Je n'ai rien connu de la guerre froide !

    Mais, voilà, cela ne m'empêche pas de connaître, d'apprendre. D'ailleurs, ce n'est pas parce que je n'ai pas traversé les années 80 que je ne suis pas fan du clip "thriller", que je n'adore pas "Billie Jean", que je n'écoute pas avec un délice sans comparaison Prince chanter "Kiss".

    D'autre part, nous sommes bien obligés d'être nés à un moment donné. Ma propre grand-mère, voire mes deux grand-mères, ont raté des coches ! "Quoi ? Elles sont nées APRES la première guerre mondiale ?! Elles ont raté ça ?!" Eh oui.

    Ce qui me fascine en fait, c'est le côté "nés aujourd'hui", ou presque (© LisaDawn). Ce côté où nous sommes les tout derniers, où ces gosses dont j'ai été l'animateur sont une des toutes dernières générations sur Terre. Je n'ai même pas dix ans de plus qu'eux, nous sommes peut-être de la même génération. Mince ! Presque la dernière génération sur Terre. Mais, là, le truc, c'est justement qu'il y a encore des gosses qui naissent, aujourd'hui même. Aujourd'hui, mercredi 5 Août 2009, à 19:59, combien de bébés viennent-ils de naître ? C'est un foutu truc permanent, et moi-même, je suis né lors d'un temps présent, à un moment qui était le dernier en date depuis l'aube des temps. Il y a même des gens qui vont naître dans le futur.

    Le truc, c'est que tout cela n'a rien d'incroyable. En l'an 300 avant Jésus-Christ, depuis combien de temps l'humanité existait-elle ? Je crois que ça faisait déjà belle lurette. Eux aussi, ils ont raté un coche. Eux aussi, on peut dire qu'ils sont nés "tard". Eux aussi, ils sont nés à un moment qui étant le "dernier depuis l'aube des temps". Puisque nous naissons tous à un moment donné, tout cela est extraordinairement relatif.

    Et puis, le fait de rater un coche ne nous prive pas de pouvoir nous rattraper. Apprendre. Je l'ai déjà dit plutôt d'ailleurs. Mais rien ne vaut l'expérience, et jamais nous ne pourrons être le fruit du XVIIIème siècle, ou du XIXème, ou du XIème siècle… Et les événements, eux, s'éloignent. L'influence est toujours là, mais la simple idée que personne ne soit plus vivant pour témoigner d'une époque, cela est troublant.

    Le temps s'en va, nous échappe. On parle toujours de Jésus, mais ça fait belle lurette que l'ensemble de ses contemporains sont décédés. Pareil pour Socrate. 

    C'est étrange.

    Mais dans mon propos initial, mon tout premier propos, au début de cette note, ce qui me paraissait étrange, c'était deux toutes petites années, de décalage. Je parlais de petits instants précieux que j'avais rapportés dans mon journal intime. La donne, c'est que je n'ai déjà presque plus de souvenirs de mon quotidien avec Roman. Je n'ai presque plus de souvenirs de Bouh. Maintenant que Chalomé est là, Bouh est extrêmement loin. Tout ça est vraiment très loin.

    Les gens avec qui j'étais il y a deux ans ne sont plus là. Ils étaient ancrés dans mon quotidien, aujourd'hui j'ai peine à les repêcher dans ma mémoire. Ou, du moins, les moments partagés ensemble.

    Ce qui est au présent est au présent. Mais, s'il n'est pas véritablement un événement marquant, alors il disparaît progressivement en devenant passé.

    C'est normal : une année a beau passer extraordinairement vite, elle contient tout de même 365 jours. Mettons que je meure à 80 ans : combien de journées vais-je vivre ? Cinq fois huit, quarante. Six fois huit, quarante-huit. Trois fois huit, vingt-quatre. Quatre-vingt fois trois cent : vingt-quatre mille. Soixante fois quatre-vingt : quatre mille huit cent. Ça fait donc un total de vingt-neuf mille deux cent quarante-huit jours.

    En chiffres : 29 248. Si ma durée de vie est correcte, je vivrai à peu près ce nombre-là de journées.

    Le problème, c'est que c'est à peine si je me rappelle ce que j'ai fait il y a sept jours (et c'est à cause de ça que je tiens un journal intime), donc, vous imaginez si, à quatre-vingt ans, je me souviens ce que j'ai fait il y a vingt-mille jours !

    Il y a un moment où je me disais que, si le passé m'était si vague, c'est parce que j'étais alors enfant et qu'une mémoire d'enfant n'est pas une mémoire d'adulte. C'est peut-être vrai, mais cela n'empêche pas, je crois, une mémoire adulte de ne pas forcément être si extraordinaire que ça. Une vie paraît courte, elle est pourtant extrêmement riche, de choses fort précieuses et d'instants futiles, de routines redondantes et d'événements exceptionnels. De dizaines de milliers de jours.

    Alors on ne souvient pas très bien. On ne souvient pas très bien de ce qu'il s'est passé lundi dernier, on ne se souvient pas très bien d'il y a deux ans, et encore moins d'il y a vingt ans (dire que je n'ai même pas vingt ans !).

    Alors, voilà, je me dis que moi vieux pépé, je serai bien obligé de vivre au présent, et je crois bien que ce qu'il se passera dans vingt ans, ce sera sacrément loin lorsque j'en aurai quatre-vingt. Le temps passe.

    Il y a toujours des choses qui marquent. Je me souviendrai toujours assez bien de mon anniversaire de l'année dernière, je me souviendrai toujours assez bien du dix-sept (ou quinze ?…) Juin 2006. Etc. Mais, voilà. Tant de choses passent à la trappe !

    A la fin de ma vie, combien d'années qui ne seront plus que souvenirs vagues et emmêlés ? 

    C'est terrible, la vanité des choses. Et à l'échelle de l'humanité, c'est encore plus terrible. Quoique ce qui disparaît continue d'être présent à l'esprit, malgré la distance extraordinaire.

    Je n'arrive pas à poursuivre plus loin. Je viens de me relire. J'avais l'impression d'écrire depuis super longtemps mais ce texte ne me paraît pas si long que ça.

    J'arrive pas à pousser plus loin. Simplement, voilà. Bientôt, je vais vivre à Strasbourg. L'année que je viens de passer dans ma CAAP passera dans la case "souvenirs de ma vie". Le lycée est encore plus loin. Le collège, n'en parlons pas. Mais mes cinq futures années d'études sont elles-mêmes destinées à trépasser, à devenir des souvenirs. Pas forcément si vagues que ça, en fait, mais voilà.

    C'est drôle. Et dire qu'on meurt dans un "instant présent". 

    Oui enfin bref. Jvais arrêter là.

    Cet article est ptêt pas si génial que ça en fin de compte. Mais c'est ce que j'avais envie d'écrire. 

     

    Bye !

     

     

    (en cherchant une photo qui pourrait illustrer l'article, j'ai parcouru des photos qui datent de 2007. Elles me paraissent extraordinairement récentes, c'est à peine si je n'ai pas l'impression de les avoir prises il y a deux mois. Tout ça est donc très disparate. Il y a des trucs déjà très vieux parce que n'appartenant plus à notre présent, il y a les événements marquants… et les vieilles photos qu'on croit avoir prises hier. Ah là là !)

    p-s : la photo finalement choisie est relativement récente, mais comme c'est un chaton, elle est d'une génération très récente. C'est presque un enfant né en 1999 voire en 2009. Ça me paraissait approprié.

     


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  •  " Définition  
     
     

    bazar, nom masculin
     
    Sens 1 Marché couvert en Afrique du Nord et dans les pays arabes. Synonyme souk Anglais bazaar
    Sens 2 Magasin  sont vendus toutes sortes d'objets. Synonyme bric-à-brac Anglaisgeneral store
    Sens 3 Objets en désordre [Familier]Synonyme bric-à-brac Anglais jumble"
     
     

    Voilà ce que je trouve sur le net à propos du mot "bazar".

    A ce moment-là, que serait un bazar corporel ?…

    Car, comprenez-vous, l'expression "bazar corporel" m'a traversé le cerveau l'autre jour, et j'ai décidé de la garder dans mes filets.

    On pourrait penser qu'un bazar coporel ce serait une partouze. Je ne suis pas d'accord. Ça pourrait, hein, mais moi, jvois pas ça comme ça.

    Je vois le bazar corporel à deux. Je vois deux corps qui seraient des bazars mutuels et qui iraient fouiner le bric-à-brac en détail pour voir si le souk ne recèle pas quelque-part quelque pièce merveilleuse.

    Je veux faire un jeu. Je veux essayer de parler du "bazar corporel" à partir du système déjà opté lors de ma note précédente.

    Bazar : bas, art, bassesse, Basse, Zob, Ras, Rasage, lézard, hasard, Anar', Base, Blizzard.

    Corporel : Corps, peau, pore, râle, reine, cor, oreille, corail, roc, roche, elle, coeur, encore …

    Corps peau râle. Corps pour elle. Ah ah ! C'est drôle.

    Il y a ton corps ta peau tes pores nos râles tes oreilles et mon roc et il y a l'art de lézarder la roche l'art anar et hasardeux de raser la base pour embrasser le blizzard.

    Mon corps pour elle, nos corps nos peaux nos râles qui collent, scotchent s'engluent dans nos pores, la fusion des corps ça s'appelle.

    Ton corps contre le mien tes râles contre les miens tes pores contre les miennes, ton cor à mes oreilles et le hasard qui s'immisce pour baser nos rapports, il y a la roche contre laquelle nos bas se laissent aller et le lézard qui s'échappe pour nous laisser, il y a ta peau contre la mienne. Mon zob embrasse ton abricot. Là mon coco, tu vas très loin…

    Je plonge dans l'impudique. Je me défendrai en avançant que je ne parle pas de moi, je ne fais qu'écrire des mots que je tâche de faire sonner. Et je ne fais que tutoyer personne.

    Sur le corail et la roche se basent nos corps pour hasarder leurs peaux l'une contre l'autre, nos râles en choeur font battre nos corps et nos pores et font transpirer mes oreilles, tandis qu'encore tu es ma reine et qu'encore et en corps mon art de l'anarchie base le blizzard chaud de nos rapports. 

     

    Pour moi le bazar c'est du désordre, du bordel, du mouvement. La danse peut donc aussi être du "bazar corporel".

    D'ailleurs le bazar corporel c'est carrément de la danse.

    (d'où l'illustration de cette note)

     


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