• Je relis mon article précédent, et mes propres considérations sur la "vie gratuite" ou non me font réfléchir.

    J'écris dans l'article précédent que je ne veux pas avoir une vie gratuite.

    Ce qui est intéressant, avec le fait de rapporter ces réflexions par écrit, c'est de figer un aspect de soi à un moment donné. Une réflexion, c'est presque un autoportrait de soi à un moment donné.

    L'autre jour je jetais un oeil sur une sorte de carnet poétique / journal intime que je tenais au collège. J'y écris beaucoup de choses qui relèvent vraiment du passé.

    Ce qui est génial avec le fait de vivre longtemps, c'est le fait d'évoluer, et d'avoir une réflexion qui évolue. La vie est souvent un roman initiatique pour chacun. Si ce n'est pas le cas, c'est dommage.

    "Cheminer" : cheminer, c'est accomplir un chemin. Accomplir un chemin, c'est partir d'un point A pour allez jusqu'à un point Z. C'est se déplacer. C'est bien, la notion de déplacement.

    Cheminer, c'est ne pas rester figé, campé dans ses positions : c'est aller dans une certaines direction, subir des revers, avoir des doutes, garder le cap, ou parfois changer d'avis.

    Cheminer, en tout cas, c'est marcher vers une certaine destination.

    Je crois que nous cheminons tous pour atteindre le bonheur. Il y a beaucoup de gens aussi qui cherchent un accomplissement ultime qui leur est impossible à atteindre : s'ils l'atteignaient, vivre ne serait plus très intéressant, puisque l'intérêt, c'est la recherche. C'est un peu bateau à dire, mais le plus intéressant, c'est souvent davantage le chemin plutôt que la destination.

    Donc on cherche.

    Bref. Les réflexions que j'ai eues au début de ce blog, par exemple, ne sont plus celles que j'ai aujourd'hui. Les réflexions passées sont des "instantanés" de ce que j'étais intérieurement à un certain moment. 

    Entre-temps, j'ai cheminé. Et je continue de cheminer. Et j'espère continuer de cheminer encore très longtemps.

    Dans ma note précédente, donc, je parlais de "vie gratuite" :  de mon souhait de ne pas tenir une vie gratuite.

    Il me semble en me relisant que ce n'est pas la bonne manière de poser les choses. Après tout, quelle vie n'est pas gratuite ? Peut-être peut-on retourner la question, et demander : "quelle vie est gratuite ?".

    Je ne sais pas.

    Il faut accepter les choses telles qu'elles sont. Il faut profiter de ce qui nous est offert. 

    Après tout, si on y réfléchit bien, quel est l'intérêt de laisser des traces ? Il y a-t-il un véritable intérêt à rechercher l'immortalité à travers la postérité ?

    Peut-être pas.

    Peut-être au contraire vaut-il mieux accepter la disparition. Rester humble, et simple.

    Tout bien réfléchi, je ne veux pas faire des bandes dessinées pour montrer que je ne suis pas sur Terre pour rien : non, je veux faire des bandes dessinées parce que je cherche à me faire éprouver du plaisir, et à partager ce qui m'intéresse. Je veux faire des bandes dessinées pour jouer et pour continuer à cheminer.

    Car, ce qui est bien, c'est de se passionner. Et on ne se passionne pas pour quelque-chose par orgueil : au contraire, on se passionne pour quelque-chose parce que ce centre d'intérêt nous parait avoir plus de sens, justement, que notre propre existence. Mais, de cette manière-là, notre vie prend justement plus de sens. C'est ça qui est beau.

    Les gens qui atteignent une certaine postérité, en général, n'ont pas pour objectif de l'atteindre : ils vivent simplement subordonnés à ce qui les passionne. A ce qui leur fait éprouver le plus de plaisir.

    Il y a une phrase assez célèbre, dite par un certain Robert Fillioux : "l'Art, c'est ce qui rend la vie plus intéressante que l'Art". 

    Cette phrase est à méditer. 

    Se passionner pour la vie, en cheminant, sans chercher absolument à vivre une vie qui ne soit pas gratuite. C'est peut-être une bonne idée.

     

     

    (en illustration, une photographie du travail de ma grand-mère prise par ma soeur Gwenaëlle)


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  •  

    J'ai l'impression que s'ennuyer, c'est plus ou moins souffrir de l'existence.

    L'existence, c'est du temps qui passe, les secondes, les minutes et les heures qui s'écoulent, c'est la perception du monde et la conscience de soi.

    Ne pas être en vie, cela n'est rien du tout. Ni conscience de soi, ni perception du monde, ni temps qui passe. 

    Des gens disent que la mort n'existent pas parce qu'ils pensent que la mort revient à l'inexistence. Instinctivement, je suis d'accord avec ça, et intellectuellement aussi d'ailleurs. C'est intéressant de savoir qu'il y a des gens en état de mort clinique qui aperçoivent une vie après la vie, et même des gens qui ne meurent pas du tout mais éprouvent tout de même des "sorties du corps", mais savoir que ces "expériences aux frontières de la mort" ne représentent que 10% des cas de mort clinique, ça relativise déjà les choses. Ça fait quand même 90% de gens qui n'ont pas d'expériences aux frontières de la mort. Que se passe-t-il pour ceux-là ? Alors quoi ? Il n'y a que 10% des gens qui ont un "corps astral", ou quoi ?

    Le mystère est très épais sur ces questions-là. Mais je sais qu'elles existent et je ne prends donc pas position de manière définitive sur un point de vue ou un autre. Je pense qu'il est extrêmement fort possible qu'après ma mort ma conscience devienne simplement inexistante. Mais je n'élimine pas totalement la possibilité que ma conscience puisse survivre car les "expériences aux frontières de la mort" (disons "NDE" : "near death experiences") me semblent être à prendre extrêmement sérieusement étant donnés les témoignages voire certaines preuves prouvant a priori que ces "expériences" ne seraient pas dûes à l'activité du cerveau.

    Du coup, c'est comme Dieu : je suis agnostique sur ces questions-là. J'ai plutôt tendance à ne pas croire en Dieu (bien que ça dépend toujours évidemment de ce qu'on entend par Dieu), et j'accorde du crédit aux NDE sans pour autant adhérer spécialement à l'idée qu'il puisse y avoir une vie après la mort.

    J'accepte de ne pas savoir, j'accepte d'être ignorant.

    Quoiqu'il en soit. Nous allons partir du postulat qu'il n'y ait rien après la mort. L'ennui, c'est souffrir de l'existence, car l'ennui n'existe pas lorsque l'on ne vit pas. Et, l'ennui, c'est souffrir de ne rien avoir à faire, c'est souffrir de ne pas réussir à s'occuper. C'est donc, de manière momentanée, s'ennuyer de la vie.

    Je me souviens que, petit, je m'ennuyais facilement, et je ne pensais qu'à jouer. Aujourd'hui, je connais un garçon de sept ans qui est comme ça, lui aussi : il doit occuper le temps, le faire passer, sinon il s'ennuie.

    Pour profiter pleinement de la vie, il me semble qu'il faut trouver le moyen de ne pas s'ennuyer. Quelqu'un qui s'ennuie n'est pas en train de profiter de son existence sur Terre.

    Pourquoi un enfant risque-t-il si facilement de s'ennuyer ? L'enfant est dans l'apprentissage de la vie. Il l'expérimente et la tâtonne. L'ennui fait partie de la vie. Il tâte l'ennui.

    Ce qui est curieux, c'est que même un enfant ne se souvient pas de l'époque où il était bébé. Et le temps passe pour lui très lentement. Aussi jeune soit-il, je suppose qu'il doit avoir l'impression de vivre depuis longtemps, presque depuis toujours, peut-être, bien qu'il soit encore dans la découverte.

    Un enfant de six ans n'a beau être en vie que depuis six ans, il est déjà dans l'incapacité d'imaginer ce que peut être ne pas vivre. Et c'est bien normal, puisqu'il n'y a a priori rien à imaginer. 

    Là où je veux en venir, c'est qu'on ne se souvient pas de nos toutes premières années. On ne se rappelle pas du début de notre vie. Le fait de ne pas se souvenir du tout début, il me semble que ça nous aide à nous croire immortels. On est nés et on mourra, mais nous ne nous souvenons pas de notre naissance et la mort peut advenir de manière très brutale. C'est curieux, ça. On n'est conscient d'aucune de ces deux extrémités. Du coup, c'est difficile d'admettre que nous sommes mortels. Non ?

    Je ne sais pas.

    La mort est belle lorsqu'elle se tient en équilibre vis-à-vis de la naissance, de la vie. Mais elle me semble tout de même difficile.

    Il me semble qu'un homme heureux ne s'ennuie pas. Quelqu'un qui s'ennuie ne profite pas de l'existence. 

    Aujourd'hui, je me suis ennuyé. Pire : j'étais désoeuvré.

    Quand je vous parle d'ennui, ici, je vous parle de ça : de désoeuvrement.

    Le fait est que, quitte à être en vie, il faut en faire quelque-chose. Genre, gagner son propre argent, justement pour pouvoir vivre. Trouver un métier.

    J'aime la bande dessinée, j'aimerais faire des bandes dessinées, et je me suis dit que je voulais devenir auteur de bandes dessinées. Ce souhait date d'une époque où j'avais de nombreux personnages de la tête, vivant leurs aventures dans mon imaginaire.

    Aujourd'hui, j'ai des idées de personnages, mais ils ne sont pas présents en moi. Ils ne vivent pas leurs propres vies dans la mienne. Ils ne vivent pas dans mon esprit. Parce que je ne pense pas à eux.

    Aujourd'hui, si je veux faire des bandes dessinées, c'est parce que, d'une : je pense pouvoir renouer avec ce Florian qui avait la tête pleine de personnages, vivant leur vie tant que je vis la mienne. Et, d'autre part, parce que je ressens le désir fort d'accomplir quelque-chose.

    Accomplir quelque-chose. Il y a des choses que je sais : je ne serais jamais J.K Rowling. Jamais je n'écrirai quelque-chose comme Harry Potter.

    Harry Potter. Harry Potter se confronte à la mort. Et il ne semble pas complètement désespéré face à la mort. Il n'a pas l'air de se poser de questions existentielles. C'est parce qu'il n'en n'a pas besoin : Harry Potter est là pour sauver l'humanité de Voldemort. Harry Potter a un sens. Sa vie a une fonction, ilsert l'Histoire. Il est l'Elu.

    J.K Rowling, sa vie a eu un sens pour tout le monde parce qu'elle a partagé cette si belle histoire avec nous.

    L'existence de Barack Obama a également un sens, parce qu'il influe sur l'Histoire. 

    Je ne suis ni Harry Potter, ni J.K Rowling, ni Obama. Par contre, il y a quelque-chose de vrai : une personne existante influe nécessairement sur l'existence de ceux qui l'entourent. De là peut peut-être se dégager du sens.

    Et il y a autre chose de vrai : si je suis heureux, peut-être que je me poserai moins de questions.

    C'est vrai que, globalement, je suis plutôt heureux. Pourtant, aujourd'hui, j'ai été désoeuvré. Et je ne me fais pas à l'idée que mon existence puisse ne pas être aussi signifiante que celle de certaines personnes célèbres. J'aimerais que ma vie ait un sens.

    Les bandes dessinées que je pourrais peut-être faire un jour pourraient-elles m'aider à trouver un sens ? Je n'en suis pas sûr. Tout ce que je pourrais dire, transmettre, aura déjà été dit ou transmis. Car je ne suis pas philosophe, je n'ai dû lire que deux trucs de philo au lycée, je ne connais pas vraiment la pensée de Roland Barthes, Deleuze ou même Levi-Strauss, et je ne serais sans doute jamais à leur hauteur : en réalité, je ne suis absolument pas un intellectuel. Je ne sais pas ce que Barthes, Deleuze ou Levi-Strauss nous disent. Je ne ne me rends pas compte de la valeur de ce qu'il ont pu apporter à leurs congénères. 

    Pourtant, la vie de l'esprit est importante.

    Encore une chose, par rapport à cette histoire de vie et de mort : être en vie, c'est avoir conscience de soi, c'est avoir un esprit qui réfléchit et qui pense, un esprit qui envisage sa propre mort. Cet esprit, il est conditionné par le corps : le corps permet l'esprit, qui réside dans le corps. La mort, c'est la mort du corps, mais comme l'esprit est permis par la vie du corps, la mort du corps est également la mort de l'esprit. Il me semble que c'est ça, qui est le plus dur à accepter. Cette chair, cette peau, ces organes, s'ils crèvent, c'est aussi moi qui crève, ma conscience, qui crève. C'est ça, bien sûr, qui est embarrassant. Le "moi", la conscience, je ne sais pas ce que c'est, mais je sais qu'elle est permise par la vie animant mon corps et je sais qu'elle s'arrêtera avec. A priori.

    Je ferme la parenthèse. Barthes et Deleuze sont des gens qui écrivent des choses compliquées. 

    Un jour, ma soeur aînée m'a offert un cadeau inestimable, sans doute le meilleur cadeau qu'on m'ait fait jusqu'ici. Excepté, récemment, un mug (sans compter non plus le sweat "punk"… à bien y réfléchir, ça aussi, c'était un cadeau très cool). Il s'agissait d'un livre qui s'appelle "Les philo-fables". Il s'agit simplement d'un recueil de fables.

    Les fables, et plus généralement les histoires, sont porteuses de sens, de réflexions, et aussi d'expériences et de voyage, d'une certaine perception des choses, du monde. 

    Alors, oui, comme je ne suis pas philosophe, je n'ai pas réellement quoi que ce soit à exprimer qui changera le monde ou donnera du jour au lendemain un sens à ma vie. Mais quand même : une histoire transmet une réflexion, peut-être humble, sans doute beaucoup plus simple que celle d'un Deleuze ou d'un Barthes, mais qui a tout de même son importance. Et il y a certaines vérités qu'il ne faut pas hésiter à rabâcher, me semble-t-il, même lorsqu'il s'agit d'enfoncer des portes ouvertes.

    Alors voilà : je veux faire des bandes dessinées pour enfoncer des portes ouvertes. Pour faire voyager, pour faire expérimenter et faire percevoir d'une certaine façon, pour apporter une réflexion-porte ouverte.

    Il y a tout de même un problème : avant de raconter des histoires, pourquoi ne pas profiter des celles des autres ? J'ai déjà lu des choses. J'ai déjà lu des choses que j'ai énormément aimé.

    Les Harry Potter. Siddharta et Narcisse et Goldmund d'Hermann Hesse. Le monde selon Garp et Une prière pour Owen, de John Irving. Demande à la poussièrede John Fante. Zazie dans le métro de Raymond Queneaud. 

    Je ne vais pas faire toute la liste. Il y a beaucoup de livres que j'ai déjà lu et que je porte un peu en moi. Mais, voilà : il me reste encore plein de Hermann Hesse à lire. Plein de John Irving à lire. A quand ma lecture des annales du disque-monde ?… A quand ma découverte de Paul Auster ? A quand ma lecture duLangage des oiseaux de 'Attar ?… Ce livre, il faut que je le lise !…

    Il y a tellement de livres à lire. Ce qui m'intéresse avec la bande dessinée, c'est l'idée d'exploiter un médium qui ne comporte pas encore trop de monuments.

    Je me sentirais totalement insignifiant, à vouloir devenir romancier ou écrivain.

    Donc, je veux faire de la bande dessinée pour transmettre ce que tout le monde sait déjà. Pourquoi faire ? Parce que, idéalement, ça serait transmis avec un certain regard qui serait le mien. Et donc ce serait intéressant. 

    Ce qui est intéressant avec les oeuvres des gens, c'est qu'ils nous permettent de sortir de nous-mêmes, de notre propre perception du monde. Et c'est enrichissant. C'est un voyage. Un livre ou une bande dessinée ou un film, ça peut être être une transmission, un héritage, quelque-chose qu'on laisse et qui sera encore découvert par des individus après notre mort.

    Car le fait est que l'idée de mourir sans avoir laisser un héritage un tant soit peu consistant ne m'emballe pas. Je n'aime pas l'idée de ne pas laisser des traces après ma mort. Alors je veux laisser des traces : pour que les gens sachent que j'ai existé. Pourquoi vouloir que les gens sachent que j'ai existé ? Parce que si personne ne sait que j'ai existé, mon existence me paraît absurde.

    En fait, le gros problème, le vrai problème, et que je ressens depuis très longtemps maintenant, c'est que je ne veux surtout pas mener une vie qui puisse être considérée comme ayant été entièrement gratuite.

    Je ne veux pas d'une vie gratuite. 

    Donc, j'ai le désir d'accomplir. Si j'arrive à accomplir un jour un travail digne d'intérêt, alors peut-être que ma vie n'aura pas été complètement gratuite.

    Il y a plein plein de gens dont l'existence ne me paraît pas gratuite. Les auteurs que j'aime lire. Les dessinateurs que je jalouse. Les acteurs et les actrices que j'appécie. Les équipes des films qui m'on marqués. Les créateurs des séries télé qui me font passer un moment agréable. Certains hommes politiques, ou certains hommes (ou femmes) concerné(e)s par la politique et qui le font savoir. Ceux qui chercher à changer les choses en mieux. Et, bien entendu, les gens qui m'entourent, et qui m'aident à me sentir assez heureux.

    Il y a un problème avec tout ça : accomplir, c'est énormément de travail en amont. Pour accomplir, il faut avoir du talent. Beaucoup de gens disent que le talent, c'est comme la chance, ça n'existe pas : c'est du travail, de la passion, un vif intérêt pour quelque-chose.

    Encore une parenthèse. Une réflexion qu'il me semble avoir entendu quelque-part il y a longtemps et qui me semble très pertinente : les gens dans l'Histoire qui ont fait bouger les choses, n'étaient pas des gens normaux. 

    Celui qui a inventé la roue n'était pas n'importe qui. Les grands inventeurs, les grands scientifiques, les grands écrivains, qui ont fait avancer l'humanité, n'étaient pas des gens ordinaires : quelqu'un d'ordinaire ne s'amuserait pas à inventer la roue, il aurait autre chose à faire.

    L'humanité a accès à ce qu'il peut posséder aujourd'hui, grâce à des individus hors du commun et profondément passionnés. Ce n'est pas l' "homme" qui a fait ci ou ça, ce n'est pas "l'homme en général" qui nous permet aujourd'hui d'aller dans l'espace, de s'informer de ce qui a suivi le big bang, d'en savoir plus sur la Préhistoire… Ce sont certains hommes, relativement bizarres, aux parcours très atypiques et qui n'ont même pas dû avoir une vie sociale tout à fait normale tellement leur passion leur était prioritaire et dévorante. Ce sont presque des surdoués.

    L'autre jour, je repensais à un type, au collège, qui était archi-passionné par le cinéma mais qui s'est finalement dirigé vers la médecine. Il n'a sans doute pas eu tort.

    A quoi bon accomplir ce qui n'a pas besoin d'être accompli ? Il y a beaucoup de choses dont on pourrait se dispenser.

    Peut-être qu'on pourra se dispenser de ce que je ferai plus tard. Mais je crois que, de toutes manières, ça me servirait en premier lieu à moi. Si un jour j'ai la chance de pouvoir raconter des histoires, je crois que ça servira avant tout à mon propre épanouissement personnel : j'aurai le sentiment d'accomplir un travail, de faire quelque-chose de pas complètement gratuit, et donc cela m'aidera à trouver mon propre bonheur.

    Car, ce que je cherche avant tout, c'est évidemment ça : le bonheur. Il me semble qu'atteindre mes objectifs me permettraient d'accéder à une certaine idée du bonheur.

    Si je peux obtenir un jour le bonheur autrement que de cette manière-là, je suis disposé à y réfléchir.

    En effet, je ne suis pas sûr d'atteindre mes objectifs : j'ai dit que le talent, c'était du travail et tout ça. Ben, c'est vrai. Et je ne suis pas un travailleur.

    Mon dessin n'est pas au niveau et je ne me sens pas doué tous les jours. Accomplir, et accomplir quelque-chose de pertinent, de digne d'intérêt, il me semble que c'est avant tout une difficulté colossale à affronter.

    Suis-je prêt à me confronter à cette difficulté colossale ? Pas pour l'instant. Pour en être capable il faut que je travaille, pour me mettre au niveau, pour avoir quelque-chose d'intéressant à apporter. Pour l'instant je n'ai pas les outils qui me permettront peut-être un jour de raconter des choses intéressantes. Je cherche ces outils. Je dois travailler dur pour les obtenir. Ce n'est pas facile de travailler dur.

    Aujourd'hui, j'aurais pu travailler dur. J'aurais  travailler dur. Et je n'ai pas travaillé dur.

    C'est possible que le talent, ce soit juste une question de travail. Mais qu'en est-il si l'on ne sait pas travailler ?

    A court terme, j'aimerai mieux regarder plein de séries télé et lire plein de bandes dessinées plutôt que de travailler. Mais à long-terme, j'aurais le regret de ne rien avoir accompli.

    Aujourd'hui, j'en suis à devoir travailler. Si je n'arrive pas à travailler, je n'arriverais pas à dessiner mieux, et à ce moment-là je n'aurais plus qu'à me ré-orienter. Tous les objectifs que je me suis fixés jusqu'ici seront remis en cause. Je n'aurai plus qu'à me restreindre à une vie confortable où je ne sais pas ce que j'accomplirai. Où je ne sais pas si j'aurai l'occasion d'accomplir quoi que ce soit.

    Si j'arrive à travailler, je trouverai une maîtrise suffisante à mon dessin pour que cette maîtrise puisse me servir à renouer avec le Florian qui aime raconter des histoires.

    Aujourd'hui, je n'ai pas réussi à travailler. Aujourd'hui j'étais désoeuvré.

    Cela ne doit pas durer.

    Si ça dure, je devrais peut-être me ré-orienter, et je n'en ai pas envie. Il faut que je sois déterminé, que j'arrive à travailler. Pourquoi est-ce que je n'étais pas déterminé aujourd'hui ?

    La vérité, c'est que je n'aime pas travailler, je n'aime pas devoir travailler, j'aime me mettre dans la posture de celui qui n'est pas près d'accomplir quoi que ce soit, puisqu'il perd plus ou moins son temps.

    Je n'aurais jamais pu inventer la roue. J'aimerai au moins raconter un jour des histoires. Mais je ne suis même pas sûr d'être capable de travailler.

    C'est très embarrassant.

     


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  • J'aimerai réussir à dessiner quelque-chose dans mon carnet footing.

    J'aimerai savoir dessiner comme je veux d'un coup de baguette magique.

    J'aimerais me sentir doué.

    J'aimerai ne pas ressentir le besoin d'accomplir quoi que ce soit.

    J'aimerais pouvoir vouloir devenir bibliothécaire.

    J'aimerai ne pas avoir de travail à faire.

    J'aimerai regarder plein de séries télé sur internet. J'aimerai pouvoir arrêter le temps.

    J'aimerai ne pas avoir de doutes.

    Peut-être que j'aimerai ne pas savoir qu'un jour je vais mourir.

    J'aimerais ne pas avoir passé une matinée stérile à me sentir incapable.

    J'aimerai avoir le temps et l'envie de lire des romans et des bandes dessinées.

    J'aimerai avoir une ambition à la hauteur de ce que je sais faire.


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  • Je ne sais pas comment attaquer…

    Mon chien est mort.

    Je me suis toujours dit qu'il faudrait que je parle de lui un de ces jours. Je me suis toujours dit : "il faudrait que je le dessine d'après nature, un de ces jours". J'aurais bien aimé dessiner Philippon.

    Mais Philippon est mort.

    Il me semble que sa vie aura été assez pathétique et tragique. Et très triste.

    Vraiment triste.

    Je vais essayer de lui rendre hommage par une note, j'espère que je ne vais pas trop faire de la merde.

    En fait, je ne sais vraiment pas comment m'y prendre pour en parler. Je n'arrive pas à écrire. Alors que j'en ai envie : envie de parler de mon chien.

    Ce qu'il y a, c'est qu'il aura eu une vie nulle, avec une fin pitoyable et tragique.

    Comment tout a-t-il commencé ? Par ma grand-mère. Ma grand-mère l'a donné à ma mère qui n'a pas su refuser.

    Je me rappellerais toujours de la première fois que je l'ai découvert. C'était en 1999. Ma mère est rentrée à la maison, en tenant Philippon par une laisse. L'arrivée de Philippon était une surprise totale. Il gigotait partout, reniflait partout, il était tout jeune et il avait l'air content. Mon père était présent, ainsi que mes soeurs. Peu de temps avant on avait découvert des boîtes de nourriture pour chien dans les placards qui nous avaient vivement intrigués… J'étais moi-même archi-content. Mes soeurs auraient préféré un chat, mais moi, à l'époque, j'avais l'envie secrète et inavouée d'avoir un chien : j'étais vraiment ravi de découvrir Philippon. Pourquoi Philippon ? Je crois que c'est ma mère qui avait pensé à ce prénom. C'était l'année des P. Mon meilleur ami s'appelait Philippe alors c'était un peu bizarre d'avoir appelé ce chien Philippon, mais ça n'avait pas été mon idée. Mon grand-père paternel, du temps où il était en vie, confondait toujours et l'appelait "patapon", ce qui aurait été un nom vraiment charmant.

    Au début, on était tous assez content d'avoir un chien. La vétérinaire, cependant, nous a très vite effrayés : lorsque ce chien nous avait été donné, il avait été gratuit, ce qui était étrange pour un Cavalier King Charles, race de chien qui coûte habituellement très cher. On ne nous avait pas transmis son carnet de santé, et on avait juste dit à ma mère et ma grand-mère qu'il avait une malformation bénigne, qui empêchait ses propriétaires de le vendre mais qui n'était pas très grave. En réalité, quand on est allés voir le vétérinaire, cette dernière nous a appris que Philippon était cardiaque. C'était un problème énorme : il risquait de mourir très vite, il ne fallait surtout pas qu'il fasse de dépenses physiques, etc.

    En fait, elle a eu tort. Il a vécu au moins dix ans et, au début de sa vie, il se dépensait tout à fait physiquement sans qu'il n'ait de soucis.

    Ça ne l'aura tout de même pas empêché d'avoir une vie de merde.

    Je me souviens du jour où on l'avait perdu : il était sorti de la maison, on ne l'a pas surveillé, il est parti un peu loin et il a dû se perdre : on ne la pas retrouvé. Cette nuit-là, j'étais encore à l'école primaire, j'ai prié Dieu pour qu'il fasse que je retrouve mon chien, que j'aimais très fort.

    On a retrouvé mon chien, qu'un camarade de l'école avait retrouvé et hébergé quelques jours.

    Ensuite, il a continué de vivre : il "logeait" dans la cuisine, parce que s'il avait eu accès à toute la maison il aurait foutu des poils partout. La cuisine, donc, c'était sa maison dans la maison. Il allait beaucoup dans le jardin, mais par contre, on le promenait assez peu. Personnellement, je rechignais à le promener parce que je n'avais pas le courage de tout le temps ramasser ses crottes, mais je n'allais tout de même pas le laisser chier partout (et je n'arrivais pas à le faire faire caca dans le caniveau). Je l'ai très peu promené moi-même. Ma mère l'a un peu promené, mais pas énormément.

    On l'emmenait en forêt quand on y allait. J'imagine qu'il a dû passer de bons moments, en forêt.

    Je me rappelle d'un jour, (là encore, je devais être en primaire) où je me suis allongé sur le sol de la cuisine. J'avais l'espoir que Philippon vienne s'asseoir sur moi. Il l'a fait et j'étais très content. J'aimais beaucoup jouer avec lui à l'époque.

    Ce chien, en quelque sorte, vendait son corps : il était prédisposé aux caresses. Lorsqu'il rencontrait des gens, ou qu'on se rapprochait de lui, se mettre sur le dos était un réflexe : il recueillait les câlins sans chichis.

     Un chien de compagnie, c'est fait pour tenir compagnie. Je ne suis pas resté très longtemps le compagnon de Philippon. Ni même ma mère, ni même mes soeurs. Il restait dans la cuisine ou dehors : nous n'étions pas si souvent dans l'un ou l'autre. Parfois, de temps en temps, je réalisais l'importance que ça devait avoir pour Philippon d'être auprès de nous (lorsque, justement, il en avait l'occasion et en semblait très satisfait). Or, nous n'avons pas été tellement auprès de Philippon.

    A de très rares exception, sa vie aura été ennuyeuse. Sa journée type, c'était : rester dans sa niche, dormir, aller dans le jardin, manger… et aboyer au moindre bruit environnant.

    Rester dans sa niche : je crois que, sa niche, c'était son repère, son étoile du Nord. Tant qu'il était dans sa niche, ça allait. Si on faisait le ménage et qu'on relevait sa niche, s'il était dehors et qu'on tardait à lui ouvrir la porte de la cuisine, ça n'allait pas. Mais, s'il était sur sa niche, ça allait, l'équilibre du monde était sauf : sur sa niche, il avait à peine l'air de s'ennuyer. 

    En effet, il s'y sentait à sa place.

    C'est important, d'avoir sa place. Et Philippon avait la sienne. La cuisine était sa maison, sa niche était sa chambre.

    Philippon a eu, au-delà de ses problèmes cardiaques, de nombreux problèmes de santé.

    Un jour, ma soeur a fêté son anniversaire en invitant beaucoup de gens à la maison. Ma mère et moi sommes sortis à l'extérieur durant l'événement. Je ne sais plus si j'étais à la fin du collège ou au début du lycée. Il y avait énormément de gens qui étaient venus, et Gwenaëlle ne pouvait pas surveiller tout le monde à la fois. Quand nous sommes rentrés, Philippon n'était pas bien du tout : il chancelait complètement, tenant vraiment à peine en équilibre. Il s'est couché brutalement, en tombant pratiquement. Des invités avaient dû lui donner soit de la drogue soit de l'alcool dans sa gamelle. J'aimerai presque que ces gens-là meurent tellement des gens qui font ça ne méritent pas spécialement de vivre. Le problème si on tuait tous les cons c'est qu'on deviendrait soit même une part de la lie humaine, pire qu'Hitler ou Staline. Et puis un con, qu'est-ce que c'est ? C'est très relatif tout ça. On est tous le con de quelqu'un d'autre. N'empêche, quelqu'un qui s'amuse à donner de la drogue ou de l'alcool à un chien n'a pas gagné le mérite d'exister. Mon chien a failli mourir mais il a survécu.

    Je crois que c'est à peu près à partir de là qu'il a senti mauvais, et qu'il s'est mis à manger bizarrement : pour manger, il levait la gueule vers le haut et faisait beaucoup de bruit, c'était assez spécial. Il ne pouvait plus manger normalement. Et, pour l'odeur, nous avions beau le laver, il mettait très peu de temps à sentir à nouveau mauvais. Nous ne le lavions pas très souvent, mais ce n'est pas pour ça qu'il sentait si mauvais. Son odeur imprégnait toute la cuisine. Lorsqu'on s'était absenté de la maison et qu'on revenait, on s'exclamait : "ça pue !…" Puis, on s'habituait à nouveau à l'odeur.

    Ma mère lui coupait occasionnellement les ongles des pattes, mais souvent il se débattait et ce n'était pas facile. Une fois, alors que ses ongles poussaient, ma mère n'a pas eu le courage de les lui couper assez vite. C'était il y a quelques années : ses ongles lui rentraient pratiquement dans les pattes, cela devait le faire souffrir et il se mordillait la patte pour faire quelque-chose. Il en est venu à s'auto-mutiler : on l'a découvert dans la cuisine, la patte complètement sanglante, on aurait dit qu'elle était passée sous un rouleau compresseur. Le sang était partout dans la cuisine. On a dû appeler un vétérinaire pour qu'il vienne sur place.

    Les relations entre ma mère et sa propre mère n'ont jamais été faciles. Or, si ma mère a eu un chien, c'est à cause de ma grand-mère. Ça a été son cadeau. Ma grand-mère avait commencé, dans la toute jeunesse du chien, à l'élever de manière à ce qu'il fasse caca toujours au même endroit, et ma mère n'en n'a pas spécialement pris compte : dans le jardin de la maison, il faisait un peu où il voulait. Ma grand-mère désaprouvait. Au bout d'un moment, quand on lui parlait de Philippon ou qu'on voulait lui demander de le garder, elle disait : "il faut le piquer, ce chien !" "il n'y a qu'à le piquer, ce chien !" Ma mère n'a jamais voulu le piquer.

    Philippon s'est remis de sa patte auto-mutilée : elle a guéri.

    Il avait aussi des problèmes aux yeux. Il n'avait pas suffisamment d'humidité au niveau des yeux. La véto nous avait donné un produit dont il fallait lui verser des gouttes dans les yeux tous les jours. On l'a fait. Un certain temps. C'était encore quelque-chose de difficile : il avait tendance à se débattre, à résister. On s'est lassés un peu, bien qu'on continuait de le faire de temps en temps. Sauf que nous n'avons pas été sérieux. On l'a fait de moins en moins souvent et Philippon a finir par perdre l'usage de son oeil : le vétérinaire a cousu sa paupière, son globe encore en-dessous mais complètement invalide. 

    Par ailleurs, il s'est mis à baver plus que de raison. Il bavait vraiment beaucoup. Parfois il se secouait et ça éjectait de la bave autour. Des fois quand je rentrais à la maison et que j'enlevais mes chaussures il essayait de poser sa gueule sur mes cuisses, ce qui laissait de la bave.

     

    Bref : il était devenu borgne, puant, bavait, mangeait bizarrement.

    Ces derniers temps, on a appris qu'il avait une hernie, et puis il devenait incontinent. En effet, ces derniers mois, il lui arrivait souvent de faire caca et pipi sur le sol de la cuisine.

    Je portais un regard complexe sur mon chien : le voir me faisait culpabiliser. Je me sentais coupable de sa condition. Il était dégoûtant et je considérais que c'était partiellement de ma faute. Je pensais à sa vie qui devait être ennuyeuse et vide et je me sentais fautif. Il faisait pitié. Il n'était pas toujours facile à vivre, aboyant parfois vraiment beaucoup. A certains moments, j'avais l'impression de le détester, sans doute parce que ce que je voyais en lui me poussait plutôt à me détester moi-même et que ça ne me plaisait pas. Parfois, je ressentais une sorte d'amour pour lui, je me sentais coupable, je ne le traitais pas bien, mais parfois je m'efforçais de ne pas le traiter pour autant avec indifférence et dégoût : parfois, je le considérais, je lui parlais, je lui tenais compagnie, je le caressais (et après, je me lavais les mains…). Parfois, donc, je crois que j'avais de la compassion.

    Ma mère a entendu parler, il y a plusieurs mois, d'une association pour cavalier kings charles, qui s'occupait de transmettre des chiens king charles pas très bien traités à des adoptants chaleureux. Elle a alors envisagé de donner Philippon mais avait du mal à sauter le pas.

    Il y a peu de temps, ma mère a décroché un nouveau boulot qui l'empêchait de rester à villeneuve-le-roi la plupart du temps : elle ne pouvait plus garder le chien. Elle a donc décidé de le laisser à cette association qui a trouvé une adoptante retraitée. Une femme qui a déjà une chienne king charles qui a fait des concours de beauté pour chiens. Elle voulait faire castrer Philippon pour être certaine qu'il ne fasse pas de petits à sa femelle.

    Lorsqu'elle l'a confié au vétérinaire pour acoomplir plusieurs formalités, il lui a trouvé tout un tas de maladies dont certaines assez graves. Il accumulait visiblement les maux, et le vétérinaire l'a, en gros, diagnostiqué comme étant condamné. Deux ou trois jours après, sans que ma mère n'en soit informée (sans même qu'elle ait eu accès aux informations transmises par le vétérinaire), mon chien a été euthanasié. Des gens qu'il ne connaissait pas lui ont fait une piqûre, puis il est mort.

    Si ma mère avait su, elle aurait gardé le chien, bien qu'il lui restait sans doute peu de temps à vivre. Une amie qui aime beaucoup les animaux, Nouara, et que je remercie beaucoup, aurait été prête à l'aider.

    Non seulement je ne verrais plus jamais mon chien, mais en plus, il n'est même plus de ce monde.

    Je ne souhaite à personne d'avoir une vie telle que la sienne. Si ce n'est peut-être à ceux qui lui ont fait prendre de la drogue ou boire de l'alcool.

    A quoi bon vivre si c'est pour vivre comme ça ? Si l'on excepte les sorties en forêts, je pense que sa vie a eu un intérêt particulièrement limité.

    Je me sens triste à l'idée que certaines personnes ou certains animaux puissent avoir des vies aussi peu intéressantes.

    La vie est un miracle. L'existence de l'univers semble être un miracle. L'apparition de la vie sur Terre est un miracle extraordinaire. L'émergence de l'homme me semble aussi pouvoir être qualifiée comme étant un miracle. 

    Mais le fait que ce soit un miracle extraordinaire n'empêche pas à certains de mener des vies pourries. Ou d'avoir une mort stupide ou terrifiante. On a parlés d'un spéléogue mort noyé, ces derniers temps. Je trouve ça terrifiant. Finir mes jours sur une expérience terrifiante, ça me terrifie.

    L'idée d'une vie de merde alors que la vie est un miracle, ça me terrifie.

     


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  • C'est dingue à quel point je n'ai pas envie de dessiner ces putains de chats.

    Mon prof d'illus ne nous a pas donné un sujet qui soit inintéressant, mais pourtant, là, maintenant, j'ai tout sauf envie de dessiner ces chats.

    Il y avait ce texte, à découper : pourquoi les bouts que j'ai choisis, à présent, ne me donnent pas envie de les illustrer ?…

    Pour éviter de travailler, je prends l'initiative d'une note sur mon blog. Ah, c'est du propre !

    Dans le salon, du bruit. Des rires. Je pense que Axelle a invité des amies et qu'elles sont en train de jouer. Les entendre s'esclaffer n'arrange rien à ma furieuse motivation.

    Ce matin, à la radio, j'ai entendu que la mort n'existait pas. Ce n'était pas désagréable à entendre.

    Plus on avance, et plus on va vers la mort : la vie est une marche en direction de la mort. Mais ce n'est pas grave, le chemin est agréable.

    Finir centenaire… Qu'est-ce que ça fait, d'avoir cent ans et d'être encore en forme ? D'avoir toute sa tête ? Ça nécessite de l'entretien physique. Un minimum de sport…

    J'ai vingt ans et, lorsque je compte ce qui s'aligne derrière moi, je me console en pensant à ce que j'ai à présent, en pensant à ce que je pourrais avoir plus tard.

    J'ai déjà quelques expériences achevés, des choses terminées qui ne sont plus que souvenirs, mais qu'est-ce que ce sera à cent ans ? Je n'aurai plus rien devant moi, si ce n'est mes descendants. Tout ce qui me restera pour mon propre compte, ce sera le temps présent et ma mémoire.

    Comment vieilliront mes parents ? Je leur souhaite de vieillir le mieux possible. Ils ont encore du temps.

    L'autre jour, je pensais à Velasquez dont on admire ses Ménines tous les jours au Prado. Pourtant, ce tableau a été peint il y a plusieurs siècles. Velasquez est mort il y a plusieurs siècles. Mais, tous les jours au Prado, des gens doivent admirer son oeuvre.

    N'est pas Velasquez qui veut. 

    N'empêche, j'aimerai bien laisser un tout petit quelque-chose à la postérité. Un jour.

    Pour ça, il faudrait que je travaille beaucoup et que je me nourrisse beaucoup.

    Et ça, ça commence avec le sujet de Dégé : travailler beaucoup, ça commence avec l'illustration de ce texte de Buffon, ça commence avec ces foutus putains de chats.

    Que je n'ai pas envie de dessiner.

    Je suis dans une impasse… vais-je devoir renoncer à la postérité ?…

     

    Ah là là.

    A part ça, tout va bien.


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