Amour, à trente-trois ans, il n'a pas d'enfants, est célibataire, et vit seul dans une maison isolée près de la nature, dans la campagne.
Il fait des livres plus ou moins destinés aux enfants. Il voit très peu de gens et vit de manière très casanière mais il lit beaucoup de livres qui le nourrissent, l'enrichissent, le cultivent. Et de temps en temps il allume sa télévision pour se plaindre de la société déplorable dans laquelle il vit, c'est pour ça d'ailleurs qu'il vit de façon si isolée : il n'est pas victime de matraquage médiatique là où il est, ni même de la foule. De temps en temps cependant il monte dans la grande ville pour aller voir des expos, des films… et voir des relations.
Cet Amour je veux aussi raconter sa jeunesse et sa vieillesse mais ce que je veux surtout c'est ne pas m'étaler.
Il y a aussi Bastien, c'est pas la même histoire. Bastien est en terminale L, il est tout seul chez lui car sa mère ne peut revenir que le week-end, tous les soirs il prend le RER pour traîner dans Paris. Il y prend des tas et des tas de photos. Il va aussi voir des expos ou des films.
Il y a un vampire qui le suit, qui l'espionne, qui tombe amoureux de Bastien, qui est obsédé par Bastien, ce qui est assez horrible pour ce dernier qui perd complètement les pédales, n'en dort plus, devient paranoïaque. Il y a aussi Clown qui se maquille le visage avec de la mousse à raser (qui craquelle au fil des jours) et God's Dog qui est un basset qui porte bien son nom.
C'est des personnages, comme ça, dans un coin de ma tête.
Je ne sais pas quand est-ce que je raconterai leur histoire. De manière aboutie, dans très longtemps je pense. Car je crois que je dois envisager les choses en bandes dessinées à présent. Les romans je ne suis pas fait pour en écrire. Mais peut-être que dessiner mes "romans" je peux faire. Un jour du moins…
On a toujours en tête la passion des gens. Les musiciens passionnés, les écrivains passionnés… Les gens qui ne vivent que pour ce qu'ils font.
Ce n'est pas mon cas. Je ne vis pas pour mes histoires, en fait je les abandonne. Je les laisse dans un coin de ma tête au cas où un jour j'oserai prendre la peine de daigner leur jeter un regard…
J'exagère peut-être un peu, mais voilà, ce ne sont pas mes histoires qui me rendent passionnés.
En ce moment je ne suis pas tant passionné que ça.
Je lis des bandes dessinées à un bon rythme, mais pas de livres. Je ne vais que très peu au cinéma. Je ne travaille pas tant que ça. Je n'écris pas, ou peu. Je ne prends même plus de photos… En ce moment je ne suis pas passionné du tout.
La vérité c'est qu'en ce moment je suis dans les non-habitudes.
Je ne suis pas habitué à la colocation. Je ne suis pas habitué à la la ville de Strasbourg, je ne suis pas habitué à mon école…
Tout ce que je suis en train de vivre est absolument nouveau pour moi; ma vie n'est pas transcendée, révolutionnée ou quoi, mais n'empêche que tout ce que je vis est très nouveau. Donc, je ne suis pas habitué. Je ne suis pas habitué à mon quotidien, à tout ce que je peux vivre.
Je reste beaucoup dans l'appart', je ne sors pas beaucoup. Et je fais très peu de choses (comme je viens de le dire je ne suis pas passionné en ce moment).
La question que je me pose c'est est-ce que je pourrai trouver la passion pour quoi que ce soit lorsque je serai habitué ?
C'est peut-être paradoxal ce que je dis, l'habitude n'induit pas la passion, a priori…
Mais j'ai l'impression d'être encore plus flemmard que d'habitude depuis que je suis ici. Je passe mon temps à faire la vaisselle, à dormir, à perdre du temps sur mon ordinateur. De temps en temps, j'ouvre une bédé. De temps en temps, je travaille. Les jours passent, et je ne suis toujours habitué à rien.
Je me dis que lorsque j'aurai pris l'habitude d'avoir ce quotidien-là je pourrai faire l'effort de le changer un peu, de faire d'autres choses. De me remettre à raconter mes histoires par exemple. Ravoir des projets, en somme.
Si déjà j'avais des projets dans mon boulot…
bref.
Au fond, ce n'est pas vrai : je ne veux pas ranconter d'histoires pour l'instant. Je veux d'abord lire celles des autres. Okay, je lis plein de bédés.
Mais quand est-ce que je lis Narcisse et Goldmund ? Quand est-ce que je lis le Loup des Steppes ? Quand est-ce que je lis tous les Kundera que j'ai pas encore lus ? Quand est-ce que je me remets à Irving ? Quand est-ce que je lis son Epopée du Buveur d'eau, sa Veuve de papier, son Je te retrouverai ? Quand est-ce que je lis Le coeur est un chasseur solitaire de Carson McCullers ? Quand est-ce que je lis Les raisins de la colère, Des souris et des hommes, A l'est d'Eden ?
Quand est-ce que je lis Le langage des oiseaux de Attar ?…
J'aimerai tellement retrouver ce mouvement, cette dynamique.
Au collège, je lisais beaucoup. Les relations sociales m'embêtaient beaucoup alors je préférais aller lire des bouquins au C.D.I. Du coup, j'ai beaucoup lu, dans cette période-là, c'était vraiment bien. Au lycée c'était plus pareil, yavait des magazines vraiment extraordinaires avec des articles franchement intéressants, alors les livres je n'avais plus le temps de les lire là-bas. Après je me suis fait de véritables amies alors niveau C.D.I c'était encore pire…
Aujourd'hui je ne retrouve cet élan qu'en été, c'est terrible et fou mais je n'arrive à vraiment lire que pendant les vacances (tiens c'est une bonne idée pendant les vacances de Noël je vais essayer le lire au moins un livre).
Comme j'aime autant les livres que les bandes dessinées, mais que ces dernières se lisent beaucoup plus vite, je me gave de bédés. Mais comme j'ai plein de bande dessinées à lire je ne suis pas près de m'accorder du temps à lire des bouquins. Par ailleurs je passe un temps clairement excessif sur l'ordinateur, c'est encore du temps de perdu pour autre chose. Beaucoup de gens lisent avant de se coucher, mais moi à ce moment-là j'écris une note dans mon journal intime pour garder une trace du jour passé (je n'aime pas perdre les choses à tout jamais, même mes journées les plus dérisoires).
Alors, voilà, je ne lis presque pas. J'écris encore moins mes propres histoires.
Mais c'est terrible, car ce n'est pas parce que je ne lis que je ne veux pas lire. La liste faite ci-dessus me paraît claire…
Les livres me sont précieux.
Je suis très sincèrement heureux d'avoir pu lire un jour Demande à la poussière de John Fante. D'avoir pu lire Zazie dans le métro. L'insoutenable légèreté de l'être, Risibles amours. Siddharta d'Hermann Hesse m'a beaucoup apporté. Extrêmement fort et incroyablement près et Tout est illuminé. Le monde Selon Garp, Une prière pour Owen Meany. Voilà bien des livres que j'ai profondément aimés et dont j'éprouverai un plaisir certain à les relire (surtout que ma mémoire les a extrêmement mal conservés).
Ci-dessus est certainement la liste des mes livres véritablement préférés… (bien que je n'y mentionne pas les Harry Potter, que je garde chaudement dans mon coeur).
Mais il me reste tellement de livres "véritablement préférés" à lire…
Cela me fait de la peine de laisser couler les jours sans me donner le temps de m'enrichir d'eux. Ça ne sert à rien d'attendre Pétaouchnok pour les lire.
Et pourquoi écrire ou dessiner des histoires, alors que je n'ai pas encore découvert toutes ces histoires-ci, qui me semblent tellement importantes ?
La vérité c'est que je perds du temps.
Je perds du temps parce que je suis flemmard et paresseux.
La vérité c'est que j'ai beau avoir une vie nouvelle, elle reste en vérité dérisoire et pauvre…
En plus, c'est vraiment ce que je pense. Je crois vraiment qu'il n'y a pas de plus grandes richesses que certains livres, que la curiosité est une des plus importantes valeurs qui puisse être, que la créativité peut donner un sens à la vie et l'existence.
Mais cette pensée-là ne se raccorde absolument pas à ma vie telle qu'elle est…
C'est plutôt embarrassant, quand on y pense.
Avant de commencer à écrire cette note, je ne me rendais pas compte à quel point c'était grave… Parce que ça ne m'empêche pas d'aller bien. Ne pas écrire, ne pas lire, ne pas être aussi curieux que je pourrai l'être ne m'empêche pas d'aller bien. Mais c'est peut-être d'autant plus inquiétant…
Publié par boiseime à 00:15:27 dans textes | Commentaires (3) | Permaliens
Parfois j'aimerai bien faire de la musique. J'écoute la playlist du blog "lisadawn", j'aime vraiment ce que j'écoute. Ce que je trouve formidable avec cette musique, c'est cette manière qu'elle a à communiquer des émotions, à dégager une atmosphère, sans passer par les mots… Je veux dire… Cette musique crée un univers, qui n'a pas besoin de se raconter une histoire, qui n'a pas besoin de philosopher. S'il y a des mots, on ne se concentre pas dessus, on s'en fiche. C'est un monde magnifique et sans mots. J'aime beaucoup ça. Des fois j'en ai marre des mots. J'aimerai faire de la musique mais je n'ai que des mots. C'est très ennuyeux.
Publié par boiseime à 23:32:05 dans c'est alors qu'une chaise vivante arriva | Commentaires (4) | Permaliens
Ça fait du bien de se mettre un peu d'Iggy Pop. Ça fait vraiment du bien.
Bouger dans tous les sens, tandis qu'il n'y a que Julien dans l'appart (dans sa chambre).
J'aime Iggy Pop.
C'est assez intéressant.
Il y a deux souhaits qui s'opposent dans ma vie : dormir, et me réveiller.
Dormir comme ce matin, où je ne me suis pas levé de mon lit avant midi. Il a fallu que je reçoive un texto pour m'obliger enfin à me lever (il fallait bien que je le lise).
Dormir, comme je n'ai pas pu continuer de le faire hier matin, ni même la veille.
Dormir. Dormir est un de mes souhaits permanents, il y a des jours où je me dis que je pourrais passer ma vie à dormir, à ne vivre que de rêves.
Affronter l'état d'éveil est une affaire délicate.
Mais me réveiller est également un souhait, extrêmement important.
Notamment lorsque je me mets du Iggy Pop, dans la cuisine, tandis que je m'apprête à essuyer tout la vaisselle. Je me défoule complètement, tout en essuyant la vaisselle. C'est trop cool. Le problème c'est quand on a fini la vaisselle. Danser pour danser…
Iggy Pop, ça ça me réveille.
Me réveiller. C'est comme un automate, à qui une flamme de vie, une étincelle lui est insufflée. Me réveiller c'est m'allumer. C'est me mettre en feu (ça me fait penser à une très belle scène du Indian Runner de Sean Penn, qui parle justement du feu, de la flamme).
Me mettre en feu.
C'est beau, de s'enflammer. C'est franchement beau. C'est un réveil, une sensation d'être vivant.
La musique, peut m'enflammer. Jouer du théâtre. Danser. La colère, aussi. La peinture, des fois; dans certains contextes. L'écriture ! L'écriture, un petit peu, d'une certaine façon. Dans certains textes.
Certains FILMS m'enflamment. L'émotion, en général, m'embrase.
Beaucoup de choses m'embrasent, et alors c'est très très bien. C'est comme être du feu.
Ça fait vraiment beaucoup beaucoup de bien.
Alors voilà : il y a dormir, et il y a se réveiller.
Il y a geler, et s'enflammer. Les deux sont bons, suprêmement bons.
Il sont pourtant absolument opposés.
Il y a l'entre-deux, quand je ne dors pas mais que je ne suis pas réveillé non plus.
Alors, je semble endormi. Les gens ne savent pas forcément comment je suis lorsque je suis réveillé. Pour certains d'entre-eux c'est une révélation.
J'aime dormir. J'aime me réveiller.
Mais je n'aime pas dormir debout…
Publié par boiseime à 17:29:23 dans textes | Commentaires (3) | Permaliens
C'est marrant, les études changent, mais il y a toujours quelque-chose de semblable.
Ce que je veux dire avec cette phrase un peu vague, c'est que le boulot que j'avais à faire avant, c'était des devoirs maisons, des dissertations, des choses écrites quoi. Ou alors il fallait réviser pour les contrôles.
A présent, le boulot que j'ai à fournir relève essentiellement du dessin. Mais c'est toujours la même chose : j'ai la flemme de bosser.
J'ai terriblement peu envie de faire le boulot pour Carpentier alors que c'est pour après-demain et que ça va me prendre du temps.
C'est intéressant, ma vie change. Ma colocataire est une bosseuse, qui aime vraiment travailler, qui se donne du mal, qui se cultive, s'enrichit. Axelle (mon autre coloc), c'est pareil. Moi, j'ai la flemme. J'ai commencé à bosser, mais j'ai beaucoup de mal à m'y mettre. Et je ne lis certainement pas Walter Benjamin à cause de telle conférence, je ne lis pas Cocteau, et je ne suis pas sûr de lire l'éloge de l'ombre de sitôt.
C'est marrant d'être en coloc, c'est un vrai changement dans ma vie.
Moi qui est tellement dans ma bulle, je vis en colocation… C'est drôle.
Et c'est pour ça que ce n'est pas si facile que ça pour moi. Je ne suis pas fait pour vivre en colocation, je suis un "embullé". Du coup, c'est un peu une épreuve, une difficulté… Mais c'est intéressant, ça m'enrichit.
Et puis, c'est un concours de circonstances. Comme toujours dans la vie. Toute biographie est une longue liste de concours de circonstances.
Il faut avoir de la chance.
Cet appart, cette coloc, c'est un peu une épreuve mais c'est surtout une chance énorme.
Je touche de plus en plus rarement à mon blog. C'est que je m'y retrouve à raconter ma vie alors que ce n'est pas ce que je veux faire.
Je veux "disserter", réfléchir, écrire des textes poétiques… je ne sais pas. Et puis j'attends des choses qui m'importent vraiment, qui fassent sens, qui mûrissent dans ma tête.
Mais je me retrouve à raconter ma vie, encore et encore.
Hier, j'ai trouvé une photo (sur facebook) d'une amie, datant de la seconde, ou bien de la première.
C'est pas la seule qui me fasse cet effet. Toutes les photos de cette période me font un drôle d'effet.
Ça date d'il y a trois, quatre, cinq ans seulement. C'est la "période lycéenne". Comment ça peut sembler aussi loin alors que c'est si récent ?…
Le bac ne me semble pas si loin, mais si je repense à la première, la terminale… Si je repense à mes amies, la façon dont elle s'habillaient à l'époque… si je retrouve cette photo prise par Agathe, où elle nous a demandés à moi et Carla de nous prendre la main en regardant dans des directions complètement opposées… J'avais les cheveux longs, mon sweat rouge…
C'est si loin, tout ça est tellement loin… Et pourtant… Quatre ans ? Quatre petites années…
C'est très impressionnant…
Même si je sais pourquoi ça semble si loin alors que c'est encore si près.
C'est parce que c'est fini. C'est une période révolue de ma vie, alors que depuis il y a eu la CAAP, une toute petite année dans ma vie mais tellement importante pour moi, tellement enrichissante. Maintenant, les arts-décos, Strasbourg. Ça fait seulement un mois.
Mais ce petit mois de rien du tout, et cette petite année de rien du tout qu'a été la CAAP, sont des expériences si riches que ce qui date d'avant me semble déjà loin.
Et puis, il y a le fait d'avoir pris de la distance avec ces personnes dont nous étions si proches à l'époque. Notamment celle qui me procure cet effet lorsque je la vois en photo à l'époque du lycée. Ça me rend nostalgique. On faisait les fous. On s'appréciait, on se ressemblait un peu, on s'attachait en somme, et puis surtout on s'est fait passer pour des fous sur le gazon, on faisait n'importe quoi et tout le monde nous prenait pour des gros débiles, mais c'était drôle, c'était bien. On jouait bien. Il n'y avait que nous deux pour être capables de faire ce qu'on faisait.
Aujourd'hui on ne se voit plus beaucoup. Aujourd'hui on a terminé le lycée. On trace nos chemins respectifs.
On garde plus ou moins le contact, mais je trouve que c'est moins drôle. Surtout qu'on change. Celle qu'on retrouve aujourd'hui n'est pas forcément fidèle à celle qui se tapait l'affiche sur la pelouse.
…
Comment vont évoluer mes relations sociales, ici ? Cela ne fait que trois semaines que je suis rentré. Est-ce qu'il y a des gens qui vont devenir mes amis ? A quel point ?
…
Bon.
Publié par boiseime à 19:07:42 dans textes | Commentaires (4) | Permaliens
Au fond, il est peut-être vrai que je suis assez narcissique…
Non seulement il est vrai que j'aime contempler mon image dans un miroir (quelles qu'en puissent être les raisons), mais je suis de toutes manières très préoccupé par moi-même.
J'écris un journal intime où je me raconte jour après jour. Je suis mon seul lecteur. Ce matin j'ai passé ma matinée à parcourir ce que j'y écrivais il y a un an exactement : je me replongeais dans mon moi passé.
Lorsque je relis des passages de mon blog, je fais la même chose.
Lorsque je me dessine, c'est bien entendu pour l'exercice, cependant l'observation de soi est un trait du narcissisme…
Lorsque je voudrai être un génie, que j'ai la folie des grandeurs, c'est à propos de moi : je veux que mon moi soit immense et remarquable…
Lorsque je me crache dessus, que j'ai honte de ce que je suis, que j'aimerai me foutre des baffes, c'est toujours à propos de moi, j'en suis toujours à penser à moi…
Donc : je pense à moi, j'écris sur moi, je dessine ce moi… Je photographie ce moi ! Puis je regarde ces dessins, je regarde ces photographies, je relis ces écrits, je relis ces pensées… Je baigne dans "moi". C'est d'un narcissisme presque outrancier… Cela fait longtemps que je me suis noyé dans le lac.
J'ai dit que ce matin j'ai relu mon journal intime : j'ai passé la matinée à observer le moi d'il y a un an… C'est terriblement auto-centré.
Et, quelque-part, je suis vraiment comme Narcisse qui se noie dans le bain de sa propre image : car mon image, mon moi, est comme une bulle qui m'abrite… Une bulle dans laquelle je contemple mon reflet déformé, et qui m'abrite du monde… Des autres.
Je suis peut-être trop préoccupé par moi-même pour m'ouvrir aux autres. Je suis Robinson Crusoé et Narcisse.
Mais qu'est-ce qui cause une si terrible préoccupation de moi-même ? N'est-ce pas justement l'enfermement, les murs m'abritant des autres ?
L'année dernière, j'ai voulu inscrire sur l'une de mes peintures : "La solitude mène à l'amour de soi". C'est véritablement ce que je pense. Du moins, dans le cas de ma propre expérience. Est-ce mon manque de sociabilité qui me ramène à "moi", ou est-ce l'observation de moi qui m'empêche d'aller vers les autres ? Je crois qu'il s'agit de la première option.
Bien sûr, ce n'est pas tout…
Cette passion pour "moi" est sans doute liée à ma propre histoire. Je suis le petit dernier de ma famille, le seul garçon (entouré donc de filles).
Un garçon certainement cajolé. Et puis, j'ai dessiné, j'ai écrit. J'ai montré que j'avais des passions, des centres d'intérêt, que j'étais créatif.
Je me suis rendu intéressant, si l'on peut dire. Bien sûr, le travail n'est pas soi, mais il est tout de même trace de soi… Et j'aime laisser des traces. Personnaliser ce qui m'appartient (en l'abîmant, en y dessinant…), dessiner sur les murs… laisser des traces de ma personne.
Ma part créative est là, toujours, pour laisser des traces, de moi… Même lorsque je ne me dessine pas moi, lorsque je n'écris pas sur moi.
Ma créativité est donc elle-même une part de mon narcissisme…
Si je n'ai pas de copine, c'est peut-être bien parce qu'on ne peut pas aimer quelqu'un qui s'aime déjà tant lui-même.
Bref. Ma famille a donc toujours été fière de moi. J'ai écrit un roman, tout ça… J'ai reçu des fleurs. Cela ne me fait pas du bien.
Je n'ai même pas besoin d'apprendre la modestie, je dois juste apprendre à me détacher de "moi".
J'ai lu un roman de Kundera, cet été, qui s'appelle "La vie est ailleurs". Le personnage principal a une part assez abominable, mais je crois que je lui ressemble par certains aspects. Cet type est fils unique, et sa mère s'est occupé de lui depuis toujours et pour toujours comme d'un Dieu sur Terre, comme s'il était Jésus-Christ, mais, surtout, comme s'il lui appartenait, comme s'il était dans sa propre chair…
Je ne pense pas que ma mère ait été aussi "dévoratrice" de moi. Mais toujours est-il que ce personnage (Jaromil) en devient lui-même totalement centré sur lui-même, il ne pense qu'à lui-même, il admire son image, et écrit, il fait de la poésie où il parle de ce qu'il y a à l'intérieur de lui, sur un mode surréaliste; puis avec l'arrivée du communisme il fait de la poésie patriote, parlant de l'ouvrier, du paysan, des ciels bleus et des champs de blés. Sa poésie, dans un premier temps appréciée des intellectuels admirateurs des surréalistes et du modernisme, est ensuite, lorsqu'il écrit en faveur de la patrie, aimée du peuple.
Bref, il est aimé. Sa poésie est aimée : on admire son talent. Jaromil est admiré. Il reçoit des fleurs. Il aime ça. Il ressent son importance. Son "moi" est sa couronne.
Jaromil est Narcisse.
Et je me demande si une part de Jaromil n'est pas en moi.
Bien sûr, je ne suis pas seulement Narcisse. Ce n'est qu'une part de ma personnalité. Je peux être un type intéressant et appréciable au-delà de ça. Mais c'est quelque-chose qui fait partie de moi et qui m'enferme vers moi-même.
Les bouddhistes pensent qu'en réalité, l'ego n'existe pas. Je pense que c'est une bonne chose. Ne pas croire en l'ego est une chose formidable.
Pour l'instant j'ai du mal à m'y faire. J'ai mon ego et mon ego, nécessairement, veut être particulièrement différent des autres egos, particulièrement unique… Ce n'est pas quelque-chose de positif. C'est même embarrassant. L'ego, c'est ce qui permet la part narcissique de soi d'exister.
Pour m'expliquer l'illusion de l'ego, ma mère m'a souvent parlé des bols remplis d'eau, qui portent à leur surface le reflet de la Lune. Chacun de ces bols pense être la Lune. Ils portent tous la lune en leur surface. Mais la lune n'est pas eux. Elle n'est qu'un reflet.
"Moi". Bien sûr, que le moi n'existe pas… Qu'est-ce que c'est, moi ? C'est mon corps ? Ma chair ? Mon cerveau ? Mon visage ?
Mon visage n'est-il qu'une illusion de moi ?
C'est ce qu'il me semble quand je proclame que "ce n'est que chair". Comme puis-je n'être que de la viande ?
Pourtant, ce moi est là. Il est là et tient trop d'importance en moi.
Ce qui est drôle, c'est que ce n'est pas le sujet que je voulais aborder lorsque je me suis "attablé" pour écrire.
En relisant ce matin mon journal intime, j'ai relu des pages et des pages où je ne cessais de penser à une certaine personne, qui m'obsédait en septembre, en Octobre… voire plus tard. Du coup j'ai repensé à elle toute la journée, et j'ai voulu écrire à propos d'elle, mais bien sûr cela ne m'était pas possible car je ne peux pas parler d'elle sans étaler ma vie privée (et la sienne).
C'est tout de même drôle. Drôle qu'une relation pareille ait pu se tisser. J'étais certainement tombé amoureux. Sinon, je me serai détaché plus facilement.
Ce qui est drôle, c'est qu'après que les choses se soit mises au clair entre nous, j'ai rencontré deux autres personnes de la même manière :grâce à mes traces. Celles que j'ai laissées sur internet.
Le fait est que A. s'est accroché à mes traces (et moi aux siennes…).
J'aime les traces des gens.
Je me suis mis à penser à des gens donc je ne connais presque que les traces. Qui incarnent une certaine forme de mystère, puisque je ne suis pas dans leur entourage, que je ne figure pas dans leur quotidien, et inversement. Mais, tout en ne faisant pas partie de nos quotidiens respectifs, on s'adresse l'un à l'autre comme si c'était le cas. S'adresser à une personne dont on suit les traces sans réellement l'approcher, c'est quelque-chose d'assez spécial. N'ayant que les traces de la personne, nous ne sommes en possession que de son mystère. On pense à elle et donc on se l'approprie. Elles finissent par appartenir à mon esprit, comme si elles faisaient partie de moi…
Non, là je pars en couilles.
Tchuss.
Publié par boiseime à 22:32:01 dans textes | Commentaires (4) | Permaliens
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J'en sais rien. Je m'en fous. Je vais vous laisser lire mon blog et puis voilà.
Bonne lecture.
Ah non, attendez...
Tant que j'y suis, autant présenter mon blog aussi. "C'est alors qu'une chaise vivante arriva", c'est une ombre dont le soleil est mon esprit fertile, c'est le reflet de ma personnalité et des méandres de ma personne, "c'est alors qu'une chaise vivante arriva", c'est des textes absolument relatifs à TOUT et à RIEN; c'est des notes sans le moindre intérêt, des notes curieuses et expérimentales, des notes profondes et denses (sans prétention aucune...), c'est des dessins, plein de portraits, parfois j'essaie de changer; c'est aussi des choses tout à fait inclassables, dans la catégorie "c'est alors qu'une chaise vivante arriva", où mes notes y mélangent dessin, photographie et textes de deux lignes seulement.
Mon blog, c'est mon point de vue humain, mes réflexions à deux balles, mes vagabondages littéraires qui ne m'amènent nulle part, c'est ma merde et c'est aussi un moyen de diffuser mes travaux, c'est une cabane virtuelle où je peux toujours m'occuper, c'est un abri, c'est un refuge où s'accueille et se recueille mon cerveau fatigué ou hyperactif, selon les moments, c'est un espace de jeux bien à moi, et puis surtout, c'est un énorme bazar.
Depuis le 20-12-2005 :
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