• Je dois bien avouer que c'est assez merveilleux. Oui, c'est assez merveilleux.

    C'est assez fou. Au début de l'année, je voyais tout un tas de gens dans cette classe qui m'impressionnaient beaucoup. Des gens très sérieux avec un travail respecté. Un truc dans ce genre. Assez vite, en me documentant sur les écoles, je me suis aperçu que c'était Strasbourg que je voulais.

    Ce que j'éprouve en cet instant est une sensation très particulière. Un soulagement et un contentement que je ressens même physiquement, car je tremble quasiment. Je tremble presque. Ce n'était pas gagné d'avance. Ce n'était vraiment pas gagné d'avance.

    J'ai voulu aller à Picasso. Du fond du coeur. J'y suis allé. J'ai voulu aller à Strasbourg du fond du coeur. Et je vais y aller. Je pense que je suis sur la bonne route.

    C'est tout à fait merveilleux. J'ai aussi été admis à Dijon, à Rennes, à Nantes, à Quimper et à Lorient. Mais, à toutes ces écoles, je dis adieu. Adieu.

    C'est vraiment très bon. Chaque année dans cette prépa, il n'y a qu'une ou deux personnes qui sont admises à Strasbourg. On y est pris au compte-goutte. Et, durant l'année, j'ai pensé : il y a untel. Il y a untel. Il y a untel. Qui ont certainement plus de chances que moi d'être pris. Je ne serais pas pris. Je ne me vois pas parmi les deux personnes par an qui réussissent là-bas. Je me suis trompé. Je me suis sous-estimé. Au cours de l'année, mon travail a incroyablement mûri, et j'ai sû construire un dossier digne d'intérêt. Qui a convaincu toutes les écoles auquelles je me suis présenté. Je n'ai pas tenté les beaux-arts de Paris, je n'ai pas tenté les arts-décoratifs de Paris, je n'ai pas tenté Cergy, mais cela fait que je n'ai été recalé à aucune école. J'en suis plutôt fier.

    Je suis tellement heureux. J'aurais été tellement déçu de ne pas être admis.

    Tout a commencé à se jouer à l'étape de la pré-admission. Avec Camille et Léa, j'étais pré-admissible. Claire ne l'a pas été. Ulysse ne l'a pas été. Ils ont été sept dans la classe, à ne pas l'avoir été. J'étais donc parmi les deux ou trois de la classe, qui pouvaient sans doute entrer à Strasbourg. D'un seul coup, je faisais partie des deux ou trois dont je ne croyais pas pouvoir faire partie. J'étais à deux doigts des arts-déco de Strasbourg. J'en étais à deux doigts ! C'était possible ! C'était possible !

    Et, là, en cet instant : "je suis pris à Strasbourg. Je suis pris à Strasbourg !"

    D'abord, l'épreuve écrite. Henri Michaux m'explique que, lorsque je m'assoupis, que j'arrête d'écouter parler les gens autour de moi, lorsque je deviens le doux rêveur que je suis, c'est mon âme qui s'en va nager, sans trop s'éloigner, relié avec moi par un fil sortant du ventre. Je prolonge ce texte à ma façon, sur le ton de la réflexion.

    L'après-midi, je fais du crayon, de la plume, du feutre-pinceau, de l'aquarelle, je dessine les gens devant moi attablés devant leurs propres dessins, et j'en relie quelques-uns à des créatures plus au moins aquatiques nageant dans l'oxygène ambiant. J'écris des mots extraits du texte. "L'âme adore nager. Elle nage comme les anguilles et les serpents de mer".

    Le lendemain. Deuxième oral. Je parle de ce dessin format raison. Puis : "qu'est-ce qu vous voulez faire, quand vous serez grand ?" Dixit. J'évoque timidement la bande dessinée. On me demande qui est-ce que j'admire. J'évoque Baudoin, Sfar, Trondheim, Guibert, Frederik Peeters. J'oublie Christophe Blain, Dumontheuil, Craig Thompson...

    On me demande si je vois des expos, j'en dis quelques-unes. Y-a-t-il des artistes auquels je sois réellement sensible, qui me touchent particulièrement ? Cette question m'est très difficile. Je peux facilement être touché par une oeuvre plastique, mais il est rare qu'un certain travail me touche réellement davantage que tous les autres. J'essaie de penser à des peintres, car je suis plus facilement touché par le domaine de la peinture. Je parle de ceux à qui j'arrive à penser, sans convoquer tous ceux que j'aurais pu. Je replonge dans le passé, je parle de Van Dyck dont j'ai vu l'expo, de Fragonard lorsqu'il fait le portrait de Diderot, j'explique ce qui me fait aimer. On me demande alors si je connais Franz Haltz et heureusement je l'ai découvert dans l'Histoire de l'art de Gombrich, ce que je dis aussitôt, évoquant la touche affirmée de sa peinture.

    On me demande ce que je veux faire à Strasbourg. Je dis que je suis conscient que la section illustration est ultra-demandée pour peu de places, mais je dis que c'est ce que je veux. Je dis que des auteurs de bande dessinée que j'admire tels que Blutch, Boulet, Lucie Durbiano, Lisa Mandel, sont passé aux arts-déco de Strasbourg. Que des illustrateurs dont j'admire également beaucoup le travail tels que Erwann Surcouf, Natacha Sicault ou Lucie Albon sont également passés par là. J'explique que cela suscite nécessairement en moi le désir de suivre leurs pas, de suivre le même chemin. Deux femmes du jury semblent me comprendre parfaitement, lisent ma motivation, elles me sourient et me semblent même assez émues. Par conséquent, en sortant de la pièce, je suis vraiment très content de mon oral, je pense avoir assuré.

     

    Alors, j'attends les résultats. Tout peut encore arriver. Pas d'illusions. Je peux être pris, je peux aussi ne pas l'être. C'est tout à fait possible. Alors j'attends. C'est horrible d'attendre, mais j'attends, comme l'année d'avant j'avais attendu les résultats pour fontenay-sous-bois avec impatience.

    Finalement, ils donnent leurs résultats avec une semaine d'avance.

     

     

    L'année prochaine, je vais à

     Strasbourg !

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Dans une de mes histoires il y aura Vampire. Vampire est un vampire. Il ne se voit pas dans le miroir ni dans quoi que ce soit. N'ayant jamais l'occasion de voir son reflet il se sent comme un fantôme immatériel. Il se sent mort. Il compense en suivant les gens à la nuit tombée pour mordre les plus goûteux. C'est un malade. Il mord les gens comme une bête, il fait pisser le sang. Se prend pour un chasseur. Il a quelque-chose d'un psychopathe.

     

    (illustration à venir)


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  • Je pense à mes histoires. Je pense à cette histoire avec Bastien, Vampire, Clown et God's Dog. Je pense à l'idée de mettre cette histoire en bande dessinée lorsque je l'aurai écrite. Je pense qu'il faudrait que cet été je m'y mette à fond.

    Je pense à l'Hydromelade. Je repense au passage où Germaine rompt avec Hypppolite au téléphone. Je pense au passage du cinéma. Je pense à la manière avec laquelle je pourrais mettre ces passages en bande dessinée, à la mise en scène.

    Je pense que ce serait vraiment trop con de pas faire l'effort de m'y mettre. Que ce serait vraiment trop con de ne pas m'éxécuter, d'essayer de faire tout ça. De me laisser happer par le reste.

    Mais je pense que, même si je ne vais pas à Strasbourg, je vais dans la bonne direction de toutes façons. Je crois. De toutes façons ce n'est pas aux beaux-arts que je me formerai à un "vrai" métier. Mais c'est pas pour ça que j'aurais le temps de me consacrer à mes projets… Bah. Déjà cet été, j'irais à fond. 

    Je repense à Strasbourg. Il faut que je me donne les moyens d'y arriver, de rentrer. Après la pré-admission, il ne reste que 190 candidats. Sur combien d'admis ? Je ne sais pas. Mais sur 190, je trouve que ça va. Il faut que je me donne les moyens d'y rentrer. Il y a l'épreuve de culture générale. Ne pas venir avec le cerveau complètement vide. Il faut que je remplisse mon "sac à dos", comme dirait mon prof d'Histoire. Il faut que je relise mes cours de philo et d'Histoire. Si je ne fais pas cet effort ce n'est pas raisonnable, car je n'ai jamais lu régulièrement mes cours et je veux vraiment aller à Strasbourg l'an prochain.

    Je repense aussi à Philibert. Ce projet à peine entamé qui date pourtant de l'été dernier. Mon prof d'arts plats, le grand manitou en chef, a trouvé le dessin très ordinaire, déjà vu partout. 

    Ça m'a refroidi. J'ai opté pour un dessin aux personnages assez schématiques, avec un trait assez "ligne claire" et des couleurs assez vives, parce que c'est une histoire légère et très parodique. Par ailleurs, je veux bien croire que ces deux planches manquent d'intérêt. Mais c'est bien pour ça que je les fais. Peut-être qu'au fil de l'album je réussirai à davantage me "trouver". En tout cas j'y arriverai pas en restant les mains dans les poches. 

    Bon…


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  • (oui, je sais : Cristopher McAndless a déjà écrit avant moi : "Hapiness is real only shared", ce qui revient absolument à ce que je viens de formuler, mais ce n'est pas de ma faute si je suis d'accord avec lui...)

     

    (et aussi, je me demande si chacun de mes autoportraits n'est pas avant tout un portrait de la solitude...) 


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  • Je n'aime pas ça.

    J'ai déjà parlé de ce genre d'état, sur ce blog.

    Être une larve, perdre son temps. Ne rien avoir vraiment envie de faire, malgré tous les impératifs, les "il faut", les "ah il y a ça", et puis "ça"... Et rester devant son ordi, à errer sur les pages internet. Admirer des pages vides d'intérêt, non mises à jour. Y retourner tout le temps. Perdre ce temps. C'est assez horrible. Ne pas lire de livres, ne pas lire de bédés, non, vraiment, juste perdre son temps à fond.

    Putain. Demain, je sors à Paris.


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