• Ce soir, j'ai fait du rangement dans mes e-mails.

    Ça m'a amené à relire de vieux messages d'il y a un ou deux ans. Il y a des choses qui m'ont rendu nostalgiques. Des correspondances qui se sont effacées.

    Si on ressent le temps qui passe, si l'on peut être nostalgique, c'est à cause de la mémoire. 

    On trouve toujours que le temps passe trop vite, c'est parce qu'on a une trop bonne mémoire. La mémoire est le passé. Le passé n'existe que dans le souvenir. Comme un être cher qui est décédé.

    C'est un peu affreux à dire, mais mon année de prépa, c'est quelque-chose de décédé. C'est quelque-chose qui est dans ma tête, dans celle d'autres personnes, mais qui n'est plus. 

    C'était une excellente année. D'un côté, la prépa en elle-même a été une expérience vraiment extraordinaire et particulièrement enrichissante. Aujourd'hui je ne garde que les bons souvenirs, et ils sont vraiment très très bons. Les concours, sont d'excellents souvenirs…

    D'un autre côté, il y a eu ces trois rencontres, avec des personnes de mon âge que j'ai connues par internet, entre autres grâce à ce blog, et que je n'aurais jamais pu avoir en face de moi sans cela. Des personnes franchement intéressantes, dont les personnalités restent encore assez présentes dans mon esprit.

    C'était génial, de rencontrer ces gens. Je suis encore en contact avec Swani, mais avec les deux autres personnes, c'est très très effacé, et je trouve ça véritablement dommage. J'en garde quelque-chose de très beau, un peu piquant, pimenté, inédit… c'était très nouveau pour moi et ça ne s'est jamais répété de cette façon-là. J'en garde une puissante nostalgie.

    Or, c'est arrivé la même année que la prépa. Donc, pour moi, cette année-là, c'était une sacrée année !… Une très très belle année, sans doute pivot dans ma vie… une année très marquée dans ma mémoire. Une année qui restera bien au chaud dans mes souvenirs. Une année qui est morte, dont il n'y a plus beaucoup de traces, et qui me manque à la manière d'un être cher.

    Sentir le temps qui passe, c'est se souvenir. 

    Ma vie actuelle est extraordinaire. Strasbourg est une ville super. Mes colocs sont super et on passe de très bons moments ensemble. Mon école est géniale. J'ai de bon(ne)s ami(e)s. Mais, surtout, j'ai une amoureuse. Pas n'importe quelle amoureuse. Le genre d'amoureuse avec laquelle tu te sens en osmose !… C'est très super comme sensation. J'attendais ça depuis toujours. C'est extraordinaire.

    Bref. Donc je vis une époque de ma vie géniale. Mais n'empêche : ça ne m'enlèvera pas que mon année de prépa, avec les gens que j'y ai rencontré, et avec les autres gens que j'y ai rencontré à l'extérieur grâce à mes traces laissées sur internet, c'est une année qui est morte, qui me manque un peu, et à laquelle je repense souvent.

    C'est une année qui me rappelle que le temps passe. Le temps passe et cette année-là s'éloigne de plus en plus.

    Peut-être que dans quelques années je vais être extraordinairement épanoui. Mais ça n'enlèvera pas l'éloignement effrayant que le temps m'impose entre ma personne et cette année-là.

    Le temps qui passe, c'est les souvenirs qui envahissent ta vie.

    Quand je passe du temps avec ma grand-mère paternelle, elle passe beaucoup de temps à raconter ses souvenirs. C'est précieux, et agréable à écouter. 

     

    Les gens n'aiment pas voir le temps faire mourir les belles choses, et c'est pourquoi il y a beaucoup d'histoires qui se figent dans le temps.

    Bill Watterson fait défiler les hiver, printemps, été et automne dans les strips de Calvin et Hobbes… Mais malgré cet écoulement des saisons qui se répétent régulièrement, Calvin continue d'avoir six ans.

    Schulz, lui, a passé cinquante années de sa vie, à raconter les histoires de personnages qui ne grandissent pas… qui restent dans la permanence.

    C'est comme des repères. Des choses qui, elles, au moins, ne changent pas ! Ce n'est pas désagréable.

    Mais bon. Ce n'est pas désagréable non plus quand une oeuvre de fiction parle du temps qui passe.

    Cette nostalgie dont j'ai parlé, elle est sans doute très présente dans la série Donjon, que j'aime énormément, de Joann Sfar et Lewis Trondheim. Trois époques, pour une seule histoire : celle du Donjon. Voir Hyacinthe de Cavallère, alias la chemise de la nuit et amoureux d'Alexandra, vivre ses aventures à Antipolis, et l'album d'après, lire ce qu'il devient une bonne cinquantaine d'années plus tard en tant que gardien du donjon… Ça, c'est parler du temps, du temps qui passe et qui meure. Car le gardien du donjon n'est plus vraiment Hyacinthe de Cavallère. 

    Voir Herbert de Vaucanson devenir le grand khân dans Donjon Crépuscule… Voir Marvin devenir le Roi Poussière… Voilà des choses qui font envisager le déroulement du temps et la mort de l'instant donné.

    J'aimerai me replonger dans les romans de John Irving. C'est quelque-chose que j'aime énormément chez cet écrivain : le fait d'accompagner un personnage dans le temps. Le voir grandir, évoluer, vieillir… Irving parle du temps qui s'écoule, de la mort de ce qui passe, j'aime beaucoup ça.

    Il faut que je relise du John Irving.

     

    Il faut que je me couche. Je crois que j'ai réussi à écrire ce que j'avais envie d'écrire.

     

    (on essaie de figer le temps, de l'immobiliser, de le capturer, en prenant des photos, des films, en écrivant des textes. Mais ce ne sont que des traces, et donc des souvenirs. Le souvenir constituent le passé mais il ne le ressuscite pas. Ces tentatives pour capturer un moment donné ne font que faire exister le passé. Mais faire exister le passé c'est déjà quelque-chose de très fort. On peut préférer ça à ne plus exister du tout)


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