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    Amour, à trente-trois ans, il n'a pas d'enfants, est célibataire, et vit seul dans une maison isolée près de la nature, dans la campagne. 

    Il fait des livres plus ou moins destinés aux enfants. Il voit très peu de gens et vit de manière très casanière mais il lit beaucoup de livres qui le nourrissent, l'enrichissent, le cultivent. Et de temps en temps il allume sa télévision pour se plaindre de la société déplorable dans laquelle il vit, c'est pour ça d'ailleurs qu'il vit de façon si isolée : il n'est pas victime de matraquage médiatique là où il est, ni même de la foule. De temps en temps cependant il monte dans la grande ville pour aller voir des expos, des films… et voir des relations.

    Cet Amour je veux aussi raconter sa jeunesse et sa vieillesse mais ce que je veux surtout c'est ne pas m'étaler.

    Il y a aussi Bastien, c'est pas la même histoire. Bastien est en terminale L, il est tout seul chez lui car sa mère ne peut revenir que le week-end, tous les soirs il prend le RER pour traîner dans Paris. Il y prend des tas et des tas de photos. Il va aussi voir des expos ou des films.

    Il y a un vampire qui le suit, qui l'espionne, qui tombe amoureux de Bastien, qui est obsédé par Bastien, ce qui est assez horrible pour ce dernier qui perd complètement les pédales, n'en dort plus, devient paranoïaque. Il y a aussi Clown qui se maquille le visage avec de la mousse à raser (qui craquelle au fil des jours) et God's Dog qui est un basset qui porte bien son nom.

    C'est des personnages, comme ça, dans un coin de ma tête.

    Je ne sais pas quand est-ce que je raconterai leur histoire. De manière aboutie, dans très longtemps je pense. Car je crois que je dois envisager les choses en bandes dessinées à présent. Les romans je ne suis pas fait pour en écrire. Mais peut-être que dessiner mes "romans" je peux faire. Un jour du moins…

    On a toujours en tête la passion des gens. Les musiciens passionnés, les écrivains passionnés… Les gens qui ne vivent que pour ce qu'ils font.

    Ce n'est pas mon cas. Je ne vis pas pour mes histoires, en fait je les abandonne. Je les laisse dans un coin de ma tête au cas où un jour j'oserai prendre la peine de daigner leur jeter un regard…

    J'exagère peut-être un peu, mais voilà, ce ne sont pas mes histoires qui me rendent passionnés.

    En ce moment je ne suis pas tant passionné que ça.

    Je lis des bandes dessinées à un bon rythme, mais pas de livres. Je ne vais que très peu au cinéma. Je ne travaille pas tant que ça. Je n'écris pas, ou peu. Je ne prends même plus de photos… En ce moment je ne suis pas passionné du tout.

     

    La vérité c'est qu'en ce moment je suis dans les non-habitudes.

    Je ne suis pas habitué à la colocation. Je ne suis pas habitué à la la ville de Strasbourg, je ne suis pas habitué à mon école…

    Tout ce que je suis en train de vivre est absolument nouveau pour moi; ma vie n'est pas transcendée, révolutionnée ou quoi, mais n'empêche que tout ce que je vis est très nouveau. Donc, je ne suis pas habitué. Je ne suis pas habitué à mon quotidien, à tout ce que je peux vivre.

    Je reste beaucoup dans l'appart', je ne sors pas beaucoup. Et je fais très peu de choses (comme je viens de le dire je ne suis pas passionné en ce moment).

    La question que je me pose c'est est-ce que je pourrai trouver la passion pour quoi que ce soit lorsque je serai habitué ?

    C'est peut-être paradoxal ce que je dis, l'habitude n'induit pas la passion, a priori…

    Mais j'ai l'impression d'être encore plus flemmard que d'habitude depuis que je suis ici. Je passe mon temps à faire la vaisselle, à dormir, à perdre du temps sur mon ordinateur. De temps en temps, j'ouvre une bédé. De temps en temps, je travaille. Les jours passent, et je ne suis toujours habitué à rien.

    Je me dis que lorsque j'aurai pris l'habitude d'avoir ce quotidien-là je pourrai faire l'effort de le changer un peu, de faire d'autres choses. De me remettre à raconter mes histoires par exemple. Ravoir des projets, en somme.

     Si déjà j'avais des projets dans mon boulot… 

    bref.

    Au fond, ce n'est pas vrai : je ne veux pas ranconter d'histoires pour l'instant. Je veux d'abord lire celles des autres. Okay, je lis plein de bédés.

    Mais quand est-ce que je lis Narcisse et Goldmund ? Quand est-ce que je lis le Loup des Steppes ? Quand est-ce que je lis tous les Kundera que j'ai pas encore lus ? Quand est-ce que je me remets à Irving ? Quand est-ce que je lis son Epopée du Buveur d'eau, sa Veuve de papier, son Je te retrouverai ? Quand est-ce que je lis Le coeur est un chasseur solitaire de Carson McCullers ? Quand est-ce que je lis Les raisins de la colère,  Des souris et des hommes, A l'est d'Eden ?

    Quand est-ce que je lis Le langage des oiseaux de Attar ?…

    J'aimerai tellement retrouver ce mouvement, cette dynamique.

    Au collège, je lisais beaucoup. Les relations sociales m'embêtaient beaucoup alors je préférais aller lire des bouquins au C.D.I. Du coup, j'ai beaucoup lu, dans cette période-là, c'était vraiment bien. Au lycée c'était plus pareil, yavait des magazines vraiment extraordinaires avec des articles franchement intéressants, alors les livres je n'avais plus le temps de les lire là-bas. Après je me suis fait de véritables amies alors niveau C.D.I c'était encore pire…

    Aujourd'hui je ne retrouve cet élan qu'en été, c'est terrible et fou mais je n'arrive à vraiment lire que pendant les vacances (tiens c'est une bonne idée pendant les vacances de Noël je vais essayer le lire au moins un livre).

    Comme j'aime autant les livres que les bandes dessinées, mais que ces dernières se lisent beaucoup plus vite, je me gave de bédés. Mais comme j'ai plein de bande dessinées à lire je ne suis pas près de m'accorder du temps à lire des bouquins. Par ailleurs je passe un temps clairement excessif sur l'ordinateur, c'est encore du temps de perdu pour autre chose. Beaucoup de gens lisent avant de se coucher, mais moi à ce moment-là j'écris une note dans mon journal intime pour garder une trace du jour passé (je n'aime pas perdre les choses à tout jamais, même mes journées les plus dérisoires).

    Alors, voilà, je ne lis presque pas. J'écris encore moins mes propres histoires. 

    Mais c'est terrible, car ce n'est pas parce que je ne lis que je ne veux pas lire. La liste faite ci-dessus me paraît claire…

    Les livres me sont précieux.

    Je suis très sincèrement heureux d'avoir pu lire un jour Demande à la poussière de John Fante. D'avoir pu lire Zazie dans le métro. L'insoutenable légèreté de l'être, Risibles amours. Siddharta d'Hermann Hesse m'a beaucoup apporté. Extrêmement fort et incroyablement près et Tout est illuminé. Le monde Selon Garp, Une prière pour Owen Meany. Voilà bien des livres que j'ai profondément aimés et dont j'éprouverai un plaisir certain à les relire (surtout que ma mémoire les a extrêmement mal conservés).

    Ci-dessus est certainement la liste des mes livres véritablement préférés… (bien que je n'y mentionne pas les Harry Potter, que je garde chaudement dans mon coeur).

    Mais il me reste tellement de livres "véritablement préférés" à lire…

    Cela me fait de la peine de laisser couler les jours sans me donner le temps de m'enrichir d'eux. Ça ne sert à rien d'attendre Pétaouchnok pour les lire.

    Et pourquoi écrire ou dessiner des histoires, alors que je n'ai pas encore découvert toutes ces histoires-ci, qui me semblent tellement importantes ?

     

    La vérité c'est que je perds du temps.

    Je perds du temps parce que je suis flemmard et paresseux.

    La vérité c'est que j'ai beau avoir une vie nouvelle, elle reste en vérité dérisoire et pauvre…

    En plus, c'est vraiment ce que je pense. Je crois vraiment qu'il n'y a pas de plus grandes richesses que certains livres, que la curiosité est une des plus importantes valeurs qui puisse être, que la créativité peut donner un sens à la vie et l'existence.

    Mais cette pensée-là ne se raccorde absolument pas à ma vie telle qu'elle est…

    C'est plutôt embarrassant, quand on y pense.

    Avant de commencer à écrire cette note, je ne me rendais pas compte à quel point c'était grave… Parce que ça ne m'empêche pas d'aller bien. Ne pas écrire, ne pas lire, ne pas être aussi curieux que je pourrai l'être ne m'empêche pas d'aller bien. Mais c'est peut-être d'autant plus inquiétant…

     

     

     

     


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  • Parfois j'aimerai bien faire de la musique. J'écoute la playlist du blog "lisadawn", j'aime vraiment ce que j'écoute.

    Ce que je trouve formidable avec cette musique, c'est cette manière qu'elle a à communiquer des émotions, à dégager une atmosphère, sans passer par les mots… Je veux dire… Cette musique crée un univers, qui n'a pas besoin de se raconter une histoire, qui n'a pas besoin de philosopher. S'il y a des mots, on ne se concentre pas dessus, on s'en fiche. C'est un monde magnifique et sans mots. J'aime beaucoup ça. Des fois j'en ai marre des mots.

    J'aimerai faire de la musique mais je n'ai que des mots. C'est très ennuyeux.


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